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vendredi 18 décembre 2009

Arriba Espana

La bonne nouvelle de fin d'année ne sera pas, finalement, venue de Copenhague mais de Madrid.
En décidant de fixer la TVA sur les livres numériques à 4%, la ministre de la culture espagnole Angeles Gonzalez-Sinde répond à la demande des éditeurs espagnols. C'est une première en Europe. Etonnant, n'est-ce pas?, ce que permet le volontarisme politique dès lors qu'on ne considère pas que la culture relève d'une "affaire privée". Savez-vous le plus drôle ? Cette disposition a été rendue possible par la directive de la Commission Européenne 2009/47/EC, laquelle a été rédigée pour... permettre la baisse de TVA dans la restauration promise et obtenue par Nicolas Sarkozy (il faudra d'ailleurs vérifier si elle peut s'appliquer à tout les formats numériques, le terme "physique" pouvant prêter à discussion). Ainsi donc, grâce à notre président de la République, la "chaîne du livre" espagnole peut envisager l'avenir avec un peu plus de sérénité. En France, ce n'est pas le cas. Mais nul doute que Frédéric Mitterrand saura tirer profit de la grande conquête du mandat de son président. Si, une fois n'est pas coutume, les limonadiers servent les écrivains, nous justifierons enfin ce temps passé à lire des livres en terrasse. Angeles Gonzalez-Sinde est cinéaste. Comme quoi, il est possible d'être à la fois cinéaste et un bon ministre de la Culture. Pascal déjà le disait : "Vérité en deça des Pyrénées, erreur au-delà".

mercredi 9 décembre 2009

Dans un drôle d'Etat

On se demande parfois ce qui demeure de la République, de l'Etat, du service public et de la fonction publique. Des mots creux ?
Ainsi, se heurtent dans l'actualité deux informations. Notre ministre de la Culture reçoit Google, les personnels des musées sont en grève. Nous avions fondé un grand espoir, nom oblige, sur l'arrivée de Frédéric Mitterrand rue de Valois. Nous avions oublié qu'un patronyme n'entre dans l'Histoire qu'accolé au prénom qui le forge. Le ministre de la Culture, apprend-on la même semaine, ne s'opposera pas à la réduction des personnels des musées et envisage de laisser Google numériser le patrimoine littéraire français. Peut-on estimer que ce travail de numérisation aurait dû être fait dans le cadre de l'Etat, par des bibliothécaires, des archivistes, des historiens, des universitaires... ? Mieux vaut qu'une efficace entreprise, pas un ramassis de fainéants qui considèrent que la culture et la connaissance sont des biens communs, se charge de ce travail. Adieu donc, Gallica, Européana, Vaca, cohonna, couva ... Tout est dit : la culture est mise à l'encan. Ce sera la logique libérale à l'oeuvre sous ce ministre. D'un coup, on regrette l'excellence d'un Jacques Toubon. Aussi, en cette période de Noël, faisons-nous le voeu, après la disparition de la DLL et avant que Marc Tessier ne remette les conclusions d'un rapport dont nous parions déjà qu'elles seront favorables à Google et à l'intervention privée, d'un retour aux délocalisations. Installons le ministère de la Culture à Mountain View et revendons la rue de Valois. L'argent ainsi recueilli servira utilement à la privatisation de la Poste.

mardi 1 décembre 2009

Pour un e-prix

Le MOTif lance une campagne dans toutes les librairies franciliennes pour défendre le prix unique et rappeler, en cette période de Noël, que le libraire offre des services et un conseil remarquables. Je suis fier de cette opération. Le réseau de librairies françaises est unique. Notre première étude, Qui Vend Quoi ?, l'a rappelé : nous ne parlons pas d'un petit commerce, mais de la survie de la création et de la littérature. Rappelons-le, Pierre Michon, Pascal Quignard, Patrick Modiano et tant d'autres ont été, à l'origine, le combat personnel de quelques libraires acharnés et visionnaires. C'est en librairie qu'ils ont trouvé leur premier public, les 200 ou 300, disait Gracq, qui mourraient pour vous. Alors oui, le prix unique du livre est vital. Et disons-le sans ambages : le prix unique du livre numérique est vital. J'entends, quand j'aborde ce sujet, des réponses dilatoires. L'Etat, en pleine crise de recentralisation aigue à contre-courant de l'histoire, a oublié son rôle fondateur : dire la loi. Normer. On attend du ministre de la Culture une parole forte, et un texte devant le Parlement. Et nous n'oublierons pas de le relancer.

PS - Parmi les réponses dilatoires, on m'objecte souvent qu'il n'y a pas de définition du livre. Je ne résiste donc pas à vous renvoyer vers ce fort texte de François Bon. Je suis loin d'être d'accord avec tout, mais l'enjeu de la fin du livre comme forme figée y est posé. Ce qui ne rend pas caduc la nécessité d'une loi, ne serait-ce que pour protéger, justement, ce qui restera figé.

jeudi 19 novembre 2009

Le loft et la Princesse

Depuis le 15 novembre, dans un silence quasi total, la Direction du livre et de la lecture n'existe plus. J'avais plaidé ici, voici quelques mois, pour que le nouveau ministre de la Culture la maintienne. Combat perdu, donc. Dorénavant, le livre est partie intégrante d'une Direction des médias et des industries culturelles. Ainsi seront gérés ensemble TF1 et Actes Sud, Patrick le Lay et Julien Gracq. Les rapprochements, comme les identités nationales : on a ceux qu'on peut. A l'heure où j'écris, le bateau livre du ministère de la Culture prend l'eau. Le CNL n'a toujours pas de président. Et la qualité exceptionnelle des fonctionnaires de l'ex DLL n'y change rien ; je sais trop bien ce que pèsent, dans les discussions budgétaires, ceux qui ne sont pas représentés par une direction de plein exercice. Ce qui est grave, dans cette affaire dont tout le monde se fout, c'est ce qu'elle dit de notre société. Un pays où la culture n'est plus qu'une industrie, l'écrivain, un produit de même rang qu'une émission de télé réalité. Allez, foin de pessimisme. L'an prochain, la Princesse de Clèves gagnera Koh-Lanta.

vendredi 13 novembre 2009

Liberté grande

Je n'entrerai pas ici, dans un débat de personnes. Deux mots, en revanche, sur les principes.
D'abord, pour signifier que le "devoir de réserve" n'existe que pour les fonctionnaires. Il s'applique à toutes les fonctions publiques et interdit, par exemple, aux militaires d'être membres d'un parti politique. Dans notre pays, les écrivains - c'est heureux ! - ne sont pas fonctionnaires. De facto, le devoir de réserve ne peut donc leur être appliqué.
Ensuite, pour affirmer haut et fort que la liberté d'expression est un acquis inaliénable, qu'on soit l'auteur de Trois Femmes Puissantes ou de La Mauvaise Vie. Tout ce qui s'apparente à une forme de censure de la création doit être combattu ; le débat ne doit pas se centrer sur la valeur de l'oeuvre ou sur ce qu'elle exprime et ce principe est inaliénable.
Enfin, pour rappeler ce qu'écrivait Camus, Prix Nobel, lui : "s'il faut choisir entre la justice et ma mère...". Entre l'écrivain et le censeur, toujours, je choisirai l'écrivain. Marie Ndiaye, ne serait-elle pas prix Goncourt, ne serait-elle pas un très grand écrivain, mériterait notre soutien officiel et notre vigilance. Allons, laissons les derniers mots à De Gaulle protégeant Sartre : "On n'emprisonne pas Voltaire."

jeudi 5 novembre 2009

Une femme française

Le but de ce blog n'est pas, évidemment, la critique littéraire. Je n'en ai ni les compétences, ni la mission. Mais cette fois, ayant tenté en vain de résister à mon penchant, je cède : Marie Ndiaye en Goncourt, c'est une excellente nouvelle.
D'abord parce que Minuit. Maison d'édition exigeante, maison de Tanguy Viel et d'Echenoz, maison de Chevillard et de Duras, Minuit reste un éditeur indépendant. Un éditeur peut avoir pignon sur rue, être bien diffusé, bien géré, il n'en demeure pas moins, lorsqu'il choisit de défendre la création littéraire et de ne pas vendre son âme à la finance, une société plus fragile que d'autres entreprises. Minuit a soutenu Marie Ndiaye longtemps. Et, si ce Goncourt lui échappe, gageons que les anciens livres se vendront aussi, éclairés soudain.
Ensuite parce que Gallimard. Mêmes raisons que plus haut. Et parce que l'on n'a jamais supporté ceux qui disent Galligraseuil comme si Gallimard et Hachette, c'était la même chose : donc on se réjouit. Ensuite parce que "la" Ndiaye. Je me souviens de ses premiers romans, j'étais libraire. On ne savait pas d'où cela venait, ce texte, cette ampleur, cette puissance. On pensait à Toni Morrisson. Et on avait raison. Ce Goncourt-là en vaut bien dix autres ... Enfin parce que Marie Ndiaye a des origines africaines, vit à Berlin, est française. Alors, ce Goncourt, on veut le croire un peu différent, hommage rendu à des prises de positions politiques fortes autant qu'à une littérature d'exception. Le Goncourt de la littérature engagée, en quelque sorte, non pas partisane mais dans le monde. On se dit qu'elle est là, notre France, dans ce Goncourt attribué à Marie Ndiaye. Et même si on se trompe, mais si Drouant s'en fout de ces considérations, ça fait du bien. On se sent universel et apatride, intégrateur et tolérant. On ne sent mieux dans notre identité nationale ...

mercredi 28 octobre 2009

Compétence générale

Les Régions sont un intervenant majeur du monde de la culture. En Ile-de-France, c'est plus de 70 millions d'euros qui, chaque année, sont consacrés au livre, au cinéma, aux arts vivants et aux arts plastiques. Ces politiques sont essentielles pour les créateurs, les auteurs, les éditeurs, les libraires, les producteurs ...
Les collectivités territoriales sont devenues, en vingt-cinq ans de décentralisation, des soutiens sans faille de la diversité culturelle. Demain, peut-être, cela en sera fini. Les projets législatifs actuels remettent en cause la clause de compétence générale des collectivités territoriales. Cela signifie qu'elles ne pourront plus intervenir dans d'autres secteurs que ceux que la loi leur a confiés. Donc qu'elles se retireront du champ culturel. Sans ressources, ni fiscales (avec la suppression de la taxe professionnelle) ni légales, les collectivités laisseront le soin à l'Etat de prendre en charge le champ culturel. On ne doute pas que, demain, prenant toute la mesure de sa loi, le gouvernement consacrera 3% du budget de l'Etat à la culture. Frédéric Mitterrand pourra alors se substituer aux Régions, aux départements et aux mairies qui font tant pour l'action culturelle dans les territoires. Demain, donc, l'Etat financera le Salon du Livre de Méry-sur-Oise, consacrera 15 millions d'euros par an aux films tournés en Ile-de-France, financera plus de 130 compagnies franciliennes d'arts vivants. Et il multipliera son action, à Bordeaux, à Tulle, à Strasbourg... Sur ces sujets, le silence des acteurs culturels est assourdissant. On aimerait les entendre. Car demain, quand la loi aura été promulguée et que les financements se tariront, il sera trop tard pour faire le tour des remparts de Jéricho. Si fortes soient les trompettes, cela m'étonnerait qu'ils tombent.

jeudi 15 octobre 2009

Hachette de guerre !

C'est arrivé sur la page Facebook de Livres Hebdo, aux alentours de 23 heures, presque à l'heure du crime.
Annoncée par un SCOOP en lettres majuscules, la nouvelle faisait d'avance frémir. Nos yeux apeurés continuaient toutefois de lire comme on jette un regard entre ses doigts durant un film d'horreur : Hachette (et ses éditeurs) n'irait pas au Salon du Livre 2010. Au matin, étonné d'être malgré tout parvenu à dormir, on respirait. En fait, si, mais sur un tout petit stand de 100 mètres carrés (tout de même: les éditeurs indépendants peinent eux à financer 9 mètres carrés !) pour faire du "corporate" tourné vers l'international. Là, j'ai décroché. J'ai hâte d'aller voir ce stand, en mars 2010 : vaudra-t-il un pavillon d'exposition universelle? Sera-ce une Pagode ? Une pirogue remontant le Congo ? Une villa de Toscane ?? J'en suis d'avance tout ébaubi. On ne peut pas dire que la nouvelle ait surpris. On sait, depuis longtemps, les tentations de Venise d'Hachette, qui se soucie d'interprofession comme Zidane du ballon de handball de son cours de sport de CM1. On savait la tension grande autour de l'avenir du Salon. Dommage, tout de même, qu'une manifestation qui fut, l'année dernière, un vrai succès populaire, soit l'otage d'un éditeur, si prestigieux fut-il. Ainsi, ma fille ne cherchera plus Georges Cholet et sa Fantômette dans les allées de la porte de Versailles. Et moi qui révais d'un débat entre Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, me voilà condamné à relire l'interview publiée dans Télérama du maître italien. Qu'importe, au fond ! J'aime, pour ce qui me concerne, le Salon du Livre. Ma fille courra avec le petit Nicolas après le Chat assassin ; il me restera le stand de P.O.L. et les fantômes de Marie Darrieussecq, le stand de Flammarion et la superbe de Teresa Cremisi, le stand de Gallimard et les mânes de Camus. Et si on ne trouve plus la Princesse de Clèves dans le Livre de Poche, on la lira en Folio ! Au fond, c'est à Serge Eyrolles qu'il faut rendre hommage. Il est des jours où l'on ne lui envie pas sa place. Mais où on lui reconnaît panache et élégance comme dans son commentaire sur Hachette : "cette décision n’est pas le problème du syndicat. Chaque entreprise fait ce qu’elle veut."
On ne saurait mieux dire, et chaque lecteur aussi...

mercredi 7 octobre 2009

Vive Paris !!

En exonérant de la taxe professionnelle les 57 libraires parisiens qui ont décroché le label LIR, la Ville de Paris a tenu l'engagement de son Maire, Bertrand Delanoë, qui, dès l'annonce du label, avait annoncé le choix de la ville. Il faut s'en réjouir. Cette reconnaissance du travail conduit par des librairies indépendantes de haut niveau pour défendre et diffuser une certaine idée de la culture mérite d'être accompagnée par des décideurs politiques de premier plan. Dont acte et un satisfecit à Bertrand Delanoë. J'ai déjà écrit, ici, sur la nécessité d'accroître les aides destinées aux librairies de référence. Il faut reconnaître le rôle que jouent aussi les petits points de vente pour diffuser le livre dans des lieux où il ne pénètre jamais. Jouer un rôle dans la diffusion du savoir, ce n'est pas seulement vendre Gracq, ou Guattari, c'est aussi vendre des livres scolaires dans des familles où pas un livre n'existe pas. La question qui est posée aux collectivités territoriales n'est donc pas seulement celle de l'exonération de la taxe professionnelle. Elle est celle, aussi, de la mise en oeuvre d'aides destinées à assurer la présence du livre sur l'ensemble de leurs territoires, en zones rurales ou dans les quartiers. Encore faut-il qu'on leur donne les moyens d'une action réelle et pérenne, mais ceci est un autre débat. Saluons donc, à ce stade, la décision exemplaire de Paris en formulant un voeu : qu'elle fasse école !

mercredi 30 septembre 2009

Fracture numérique ?

Fin octobre, le MOTif publiera les résultats d'une étude sur le piratage ainsi que le texte qu'il a commandé à Constance Krebs sur le livre numérique. Il fera aussi des propositions concrètes pour aider le livre à appréhender l'évolution qui vient. Comme l'écrit François Bon, il n'est pas de semaine sans que soient organisées, à travers la France, des tables rondes sur le numérique. Pendant ce temps, Google va bien et Amazon aussi. Dans la chaîne du livre, faute de financements, à ce stade nécessairement publics, une fracture se creuse. Les grands groupes, discrets, préparent leur passage au numérique. Même dubitatifs, ils mettent en oeuvre des moyens importants pour basculer dans une ère dont ils ont compris qu'elle bouleversera leurs métiers. Sans doute restent-ils figés dans des pratiques anciennes, sans doute font-ils tout pour retarder l'émergence du numérique. Néanmoins, ils s'y préparent. Les petits, eux, souffrent d'un manque d'information et d'un manque évident de formation aux outils numériques. Editer un fichier e-pub s'apprend. Aujourd'hui, Frédéric Mitterrand dévoile ses propositions pour le livre à l'occasion de la présentation du rapport "Pour le livre", d'Hervé Gaymard, dont on attend beaucoup. L'Etat dispose du pouvoir de normer : c'est lui, et lui seul, qui peut légiférer, y compris en s'opposant à l'Union Européenne (ne l'a-t-on pas fait pour la TVA dans la restauration, sujet dont on m'accordera qu'il est moins essentiel que la survie d'une littérature différente et de qualité?), sur le prix unique du livre numérique, évolution que je continue de croire essentielle après la loi Lang d'août 81. Les collectivités territoriales ne disposent pas, c'est heureux, du pouvoir de dire la loi. En revanche, elles peuvent financer des expériences pilotes sur le web, former les éditeurs indépendants au numérique, aider les libraires à se doter de sites de vente en ligne, accompagner les auteurs dans leur appropriation du 2.0. Qu'elles s'y engagent, résolument !

mercredi 16 septembre 2009

Allez voir les Régions !

Le Syndicat National de l'Edition organisait récemment une réunion destinée à présenter aux éditeurs les tarifs du Salon du Livre 2010.
Le commissaire de l'exposition, Bertrand Morrisset, s'y collait. L'employeur de Bertrand Morrisset, Reed expo, est un opérateur privé qui obéit à des logiques de profit. C'est étrange, pour un Salon assez largement subventionné par des fonds publics, mais c'est ainsi. Aussi, contrairement à ce qui avait été dit en juin 2009, les éditeurs indépendants apprirent-ils le doublement des tarifs de la porte de Versailles. On imagine sans peine le tollé. Je n'aurais sans doute pas commenté l'annonce de Bertrand Morrisset si je n'avais pas été alerté par plusieurs éditeurs de la réponse qu'à court d'arguments, il finit par leur faire: "allez voir les Régions".
A moi, comte, deux mots :
- augmenter les tarifs du Salon du Livre pour les petits éditeurs, ce en pleine crise économique, alors que leur activité même est en danger, est indécent. On aurait pu, on aurait du, cette année, proposer un moratoire sur les prix le temps que s'amorce une reprise. Il ne suffit pas simplement de nommer Viviane Hamy au Conseil d'Administration du SNE pour entendre la voix des petits éditeurs. En amour, il n'y a que des preuves d'amour.
- renvoyer les éditeurs sur les Régions, comme si elles étaient des tiroirs caisses destinés à payer la rançon demandée par Reed expo est grossier et démagogue. Les Régions sont, on le rappelle à Monsieur Morrisset, des collectivités d'élus qui consacrent chaque année des millions d'euros à soutenir la chaîne du livre sur leurs territoires. Elles sont devenues un acteur incontournable des politiques publiques de défense du livre, comme elles le sont pour le cinéma et les arts vivants. Les considérer comme des vaches à lait n'est pas acceptable. Le SNE a beaucoup fait pour se rapprocher des Régions. Il ne faudrait pas que ce travail de fond, profitable à tous, soit réduit à néant par les propos déplacés d'un salarié d'une entreprise privée prestataire du syndicat.

mercredi 2 septembre 2009

Territoires oubliés ?

Les politiques du livre de l'Etat et des Régions traitent, et c'est heureux, la librairie comme un élément essentiel de la diffusion du livre.
De label LIR en aide VAL, l'Etat a considéré, dans la lignée de la loi Lang, que le soutien à la librairie indépendante faisait partie d'une politique cohérente de diffusion de la culture. Souvent contre l'avis de Bruxelles, qui continue à vouloir libéraliser l'économie de la culture, la France réaffirme le droit des lecteurs à l'accès à une culture différente, exigeante, que les libraires de qualité portent, et non les grandes surfaces. Les Régions disposent presque toutes, aujourd'hui, de dispositifs de soutien aux librairies indépendantes de leur territoire. C'est le cas en Ile-de-France. Ces aides, il faut les maintenir et même, si possible, les amplifier. Mais je plaide pour une nouvelle approche. Les collectivités territoriales ont la charge, comme leur nom l'indique, de territoires. Une des questions essentielles posée aux Régions est celle de l'égalité de leurs administrés sur l'ensemble de leurs territoires. Egalité dans l'accès aux transports, à la formation, aux soins. Egalité aussi, je le crois, dans l'accès à la culture. Il existe, dans toute l'Ile-de-France et dans chaque Région, des points de vente indépendants du livre, maisons de la presse, petites librairies papeteries presse de communes moyennes, qui demeurent exclues, faut d'un fonds suffisant, des aides publiques à la librairie. Ces commerces jouent pourtant un rôle essentiel : elles maintiennent le livre dans des lieux dont, sans eux, il aurait disparu. SI je crois qu'il faut maintenir et accroître l'aide à la librairie de qualité, j'ai la conviction qu'il faut maintenant inventer des politiques de soutien au développement de ces petits points de vente du livre, fussent-ils multi activités. Ne pas tolérer des territoires sans livre, voilà une ambition qui, à quelques mois d'échéances régionales, me paraît essentielle. Et digne d'être portée.

Aller à C@nossa

Avouons que l'actualité ne nous offre pas souvent l'occasion d'un rire franc et massif. Mais, pioché au hasard d'un retour de congés, ce titre dans La Tribune "la BNF pourrait confier à Google la numérisation de son fonds" aura produit cet effet.
Voilà ce qu'on lisait, en 2005, sous la plume de Jean-Noël Jeanneney, alors Président de la BNF (et toujours violemment opposé, cf. le Figaro du 26 août, à un accord avec Google) : "Le 14 décembre 2004, nous avons appris que Google (...) projette de numériser, selon un plan de six ans (...) 4,5 milliards de pages (...) Voici que s’affirme le risque d’une domination écrasante de l’Amérique (...) Une action collective de l’Union européenne s’impose. L’enjeu est immense." On savait, depuis l'accord signé entre Google et la bibliothèque de Lyon, que le sujet n'était plus, en France, tabou. Il faut dire qu'avec ses 800 000 ouvrages numérisés, Gallica faisait piètre figure. Avec l'apparition des géants de l'Internet est née une notion qui, à titre personnel, me dépasse. Ces entreprises gigantesques, avides de monopoles, seraient "gentilles". Yahoo !, Google, Dell, Mac... bénéficient d'un à priori favorable auquel Total, par exemple, n'a jamais eu droit de la part de l'opinion publique. Est-ce donc si ringard de continuer d'estimer que dans un monde capitaliste une entreprise n'est ni "gentille" ni "méchante" ? Elle met en oeuvre les moyens de sa croissance. Et seule la régulation permet qu'elle n'aille pas contre l'intérêt général. Si nous laissons Google numériser les fonds patrimoniaux de la France, sans parler d'un droit d'auteur sur lequel le géant américain s'asseoit allègrement, nous remettrons entre les mains d'une entreprise privée le savoir d'une partie de l'humanité. A titre personnel, je trouve cela choquant. Mais la question n'est pas de savoir si Bruno Racine, actuel Président de la BNF, "trahit" un idéal républicain. La question posée est celle des moyens, pour lors notoirement insuffisants, donnés à Bruno Racine pour faire autrement qu'avec Google. Cette question là, c'est à Monsieur Frédéric Mitterrand de s'en emparer. Et d'y répondre.

vendredi 24 juillet 2009

Pour une direction du livre

La nomination de Frédéric Mitterrand à la tête du ministère de la Culture peut être comme la langue d'Esope la meilleure ou la pire des choses. De l'absence de Christine Albanel à l'inauguration du Salon du Livre 2009 à la démission de Benoît Yvert, directeur du Livre et président du CNL, les professions du livre savaient qu'il n'y avait plus grand-chose à attendre de l'Etat.
Qu'espérer en effet d'un ministre qui, d'un trait de plume, supprimait la Direction du Livre et de la Lecture, ravalée au rang de service dans une Direction des Médias ? Seul Benoît Yvert, dans son combat acharné - même parfois discutable - pour le maintien d'une politique du livre, avait permis de sauvegarder les apparences et les compétences d'une direction dont on ne dira jamais assez la qualité des hommes et des femmes qui y travaillent. Avec le départ, pour raisons personnelles, de Marc-André Wagner du Centre National du Livre, l'impression s'était installée que la littérature était bien la dernière des préoccupations du ministère de la Culture. A ce stade, et sans préjuger de son action future, considérons donc la nomination de Frédéric Mitterrand comme une aubaine, d'autant qu'il vient de nommer à son cabinet Pierre Lungheretti, conseiller livre. Il appartient aux professionnels du livre, auteurs, libraires, éditeurs et bibliothécaires, de faire le siège de la rue de Valois pour que certains dossiers en suspens soient enfin traités et que des garanties soient données sur le traitement que le nouveau ministre entend réserver au livre et à la lecture publique. Pour nous, au MOTif, nous sommes prêts plus que jamais à être les partenaires du ministère dès lors qu'il considèrera le livre comme une priorité de son action. Avec un souhait Monsieur le Ministre, que soit rétablie, de plein exercice, une Direction du Livre et de la Lecture . Car nous savons, pour les avoir longuement pratiquées, la différence qu'établissent les institutions entre direction et service, et que cela nous choque, finalement, que Gallimard soit traité comme TF1. Bonsoir.

PS - le site de Sylvère Mercier, Bibliobsession 2.0, en guest star cette semaine.

vendredi 17 juillet 2009

659

C'est le nombre, hallucinant, de romans qui seront publiés à la rentrée littéraire.

Selon Livres Hebdo, édition du vendredi 3 juillet, ce chiffre confirme une décrue amorcée en 2008. L'édition en sortirait presque vertueuse. Combien, parmi ces livres, finiront au pilon ? Combien, parmi les 87 premiers romans envoyés au massacre fin août, ne trouveront jamais leur public ? Combien de bons textes ne seront jamais lus ? L'article ne le dit pas. A quoi sert une rentrée littéraire ? Chaque année, la question est posée par une poignée de Cassandre que nul n'écoute et qui prêchent dans le désert. Et s'empilent, sur les tables des libraires, des titres qui ne se vendront pas faute d'être défendus. Une rentrée littéraire, c'est comme une portée de chats. Au mieux, on garde le plus mignon pour le donner. Les autres, on les noie. Quels arguments économiques appuient cette aberration française ? L'acheteur ferait-il, dès le 24 août, la queue devant les librairies ? Existerait-il un tropisme du Français qui le pousserait à n'acheter des livres qu'en septembre ? A moins que les éditeurs - serait-ce possible ? - n'engrangent, forts d'une tradition stupide, la trésorerie qui leur permettra de passer l'hiver, en attendant les retours. Foin de mauvais esprit. Qui, dans ce système idiot, est le plus à plaindre ? Le libraire, obligé de partir en vacances avec trente valises, ou le lecteur déboussolé qui choisira les oeuvres surmédiatisées et passera à côté de textes magnifiques ? La littérature, plutôt, qui, pour certains, n'entretient plus qu'un lointain rapport avec l'édition.

 

PS - le site de la semaine, c'est La Feuille de Hubert Guillaud, formidable outil de veille sur l'édition électronique qui, pour ce qui me concerne, me rend moins bête.

mercredi 8 juillet 2009

Pourquoi je n’achète pas chez Amazon ?

Je n’achète pas chez Amazon parce que personne ne sait m’y dire que Tucker Coe est Donald Westlake. Je n’achète pas chez Amazon parce qu’on ne m’y a jamais recommandé Train de Nuit pour Lisbonne, de Pascal Mercier, ou Rimbaud le Fils, de Pierre Michon. Je n’achète pas chez Amazon parce que je m’intéresse plus à ce que les gens aiment qu’à ce qu’ils achètent. Je n’achète pas chez Amazon parce que j’aime bien savoir que, pour celui qui tente de me vendre un livre, lire est essentiel. Je n’achète pas chez Amazon parce que leur site français est une horreur qui prouve qu’ils ne font pas grand cas des Français, à la maison mère. Je n’achète pas chez Amazon parce que personne ne peut m’y dire en quoi la nouvelle traduction de La Moisson Rouge (Dashiell Hammett) est une merveille ou si je dois choisir Markowitz ou Bonnefoy pour Hamlet. Je n’achète pas chez Amazon parce que j’aime me dire que le livre n'est pas une marchandise. Je n’achète pas chez Amazon parce que je n’achète pas chez Fnac.com. Je n’achète pas chez Amazon parce qu’on ne peut prétendre défendre la chaîne du livre et ne pas acheter en ligne chez un vrai libraire. Je n’achète pas chez Amazon parce que je ne veux pas, demain, être contraint de le faire.

PS – cette semaine, un de mes sites fétiches : bibliomane, ou la critique intelligente.

vendredi 26 juin 2009

Territoires du livre

L’étude présentée par le MOTif aux Assises de la librairie organisées par la Région Ile-de-France fait un constat, terrifiant : 1 librairie pour 400 habitants à Paris, 1 pour 46 000 en Seine-Saint-Denis. Ce chiffre ne fera pas la « une » du 20 heures. Ce qu’il dit de souffrances, ce qu’il dit d’exclusion, ce qu’il dit d’enfermement n’apparaîtra qu’à quelques-uns.

Il faut rendre hommage à ceux qui, Jean-Marie Ozanne en Seine-Saint-Denis ou Eric Hardin dans les Yvelines ont, voici trente ans, traversé le périphérique. Les thuriféraires de la grande librairie parisienne vous le diront : on ne peut avoir des librairies indépendantes de référence partout. C’est vrai, évidemment. Et, évidemment, ces librairies doivent être aidées. Elles portent une exigence de littérature, des choix, des auteurs qu’elles sont seules à défendre. Mais les autres, les plus petits, ceux qui, en ayant recours à la presse et à la papeterie, maintiennent envers et contre tout, dans les territoires d’Ile-de-France, un accès au livre. Ceux-là, qui les aide ? Le rôle de l’Etat est sans doute de défendre la librairie indépendante de référence. La préoccupation des éditeurs est sans doute d’assurer la pérennité des grandes librairies. Une Région est un aménageur. Son rôle est plus modeste et plus ambitieux : assurer à ses administrés, dans ses territoires, l’accès aux mêmes services, donc aux mêmes chances. L’Ile-de-France a cette volonté pour le livre. Saluons-là.

PS – coup de coeur net de cette semaine pour un vrai libraire en ligne : bibliosurf.com

mercredi 17 juin 2009

Eloge de la librairie

Le 22 juin, lors des Assises régionales de la librairie de la Région Ile-de-France, le MOTif rendra public son premier rapport d'étape sur la librairie en Ile-de-France ainsi qu'un début de cartographie des points de vente du livre en Ile-de-France. Je reviendrai, dans ce blog, dès la semaine prochaine, sur les enseignements chiffrés de cette première estimation, et sur les premiers résultats de notre enquête qualitative. Ce sur quoi je veux m'attarder aujourd'hui, c'est sur la première étude que publia le MOTif : Qui vend quoi ?

Que démontre-t-elle, cette étude ? Que la librairie, et elle seule, continue de vendre une littérature exigeante, de qualité et reconnue. Et que si elle vend, comme d'autres, ce qui se vend, les fameux best-sellers, la librairie est aussi la seule à proposer une sélection subjective de textes plus ardus, et à les conduire vers un public. Elle montre, cette étude, que le succès des Onze, de Pierre Michon, dont on se réjouit, répond au succès du Roi vient quand il veut, du même auteur, qui ne se vendit qu'en librairie. Elle montre, cette étude, que Train de nuit pour Lisbonne, le succès surprise de Pascal Mercier, s'est vendu pour plus de 77,8 % en librairie. La librairie est à la fois le moteur du renouvellement du marché et le garant de la vitalité éditoriale.
Conduire une étude sur la librairie, ce n'est pas, ce ne peut pas être aligner des chiffres sans leur donner de sens. C'est, pour le MOTif, poser les bases d'une réflexion des pouvoirs publics sur les grandes questions de demain : quid de la transmission des librairies ? Quid des villes de plus de 30 000 habitants qui, en Ile-de-France, demeurent sans libraire?
Je crois à l'action publique. Je crois que ceux qui remettent hâtivement en cause, parfois, l'utilisation des deniers publics pour des missions d'études et d'observation font preuve du même populisme que ceux qui proclament ''urbi et orbi'' qu'un chercheur, ça trouve. C'est à cela que peut servir Le MOTif, c'est cela qui le justifie : fournir l'étude qui, demain, permettra de soutenir le réseau des librairies d'Ile-de-France. Car, en défendant la librairie, ce n'est pas un commerce qu'on défend. C'est une certaine idée de la littérature.

mercredi 10 juin 2009

Bob Stein au MOTif

Je me souviens d’avoir joué avec Atari, deux petites barres et un carré blanc qui se déplaçaient sur l’écran. Tu montais au filet, cela faisait pop pop. Je joue toujours, mais refuse de passer aux jeux en ligne.

Trop vieux pour World of Warcraft. Figé dans l’usage. Au MOTif, le 2 juin, nous recevions Bob Stein, co-directeur de l’Institute for the Future of the Books et Alain Pierrot, consultant en édition numérique, pour une rencontre sur l’avenir du livre. En anglais, j’y suis allé de ma question : peut-on imaginer, sur le modèle des éditeurs de jeux qui continuent de produire des beat them all pour joueurs solitaires, que l’économie du livre papier perdure en parallèle d’une économie numérique ?

La réponse a fusé. No. Deux lettres, un mot pour condamner l’édition traditionnelle. Avec des arguments de poids : si on peut, demain, accéder en lisant à des ressources en ligne (dictionnaires, atlas, encyclopédies, contenus vidéos…), acheter le livre moins cher, voir émerger, du cœur même de l’écriture, de nouvelles formes d’art, quel avenir reste-t-il au papier? Le livre imprimé, selon Bob Stein, survivra comme survit la peinture, forme d’art choisie par l’artiste pour s’exprimer. Le reste, tout le reste, deviendra numérique.

Bob Stein n’est pas le représentant d’une multinationale déterminée à conquérir le marché mondial du livre. Il défend, avec passion, les éditeurs, les libraires, les auteurs. Simplement, dit-il, arrive un virage qu’il va falloir négocier. En France, des éditeurs explorent ces territoires vierges, défrichent, expérimentent. Ils le font seuls, sans aides. On attend que le mouvement qu’ils impulsent soit suivi, accompagné et aidé par les pouvoirs publics.

PS – le coup de cœur web de cette semaine pour un site pionnier : Zazieweb, la communauté des e-lecteurs.

mardi 2 juin 2009

Censeur, je te vois !

En ces temps d’élections européennes, la Turquie sert, une fois de plus, de bouc émissaire. Voilà l’ennemi qui n’intègrera pas.

Un écrivain turc, Nedim Gürsel, fait l’objet dans son pays d’un procès en blasphème ourdi par quelques religieux réactionnaires pour son ouvrage Les Filles d’Allah, publié en septembre aux éditions du Seuil. Le MOTif, il en est fier, a marqué son soutien au romancier, l’invitant à venir présenter, à la rentrée, à ses adhérents, son roman incriminé.

La couverture médiatique de ce procès en France a de quoi nous réjouir. La patrie des droits de l’homme n’entend pas laisser persécuter un auteur. Et, en pleine campagne pour les élections européennes, elle pointe du doigt cette Turquie arriérée sans rappeler que Nedim Gürsel lui-même défend son adhésion. Comme il est pratique ce procès contre la pensée dans le seul pays musulman qui frappe à notre porte. La France a fondé l’Union Européenne. C’est une démocratie évoluée qui se plaît, parfois, à donner des leçons. A la Turquie, par exemple, souvent.

Est-ce pour cela que l’audition récente par la sous-direction anti-terroriste, dans l’affaire Julien Coupat, d’Eric Hazan, l’éditeur du livre L’insurrection qui vient , signé du Comité Invisible, a fait si peu de bruit ? Une pudeur, peut-être. Pourtant, en 2009, en France, le crime de penser, le crime d’éditer, existent. Cela aurait bien mérité quelques reportages, non ? Allez, saluons le courage (mais il ne nous étonne pas) de François Gèze et des éditeurs et libraires signataires de la pétition en soutien à Eric Hazan et terminons ce premier billet ainsi : Elle est très fine, aujourd’hui, la frontière entre la Turquie et la France.

PS – j’ai envie, chaque semaine, de vous convier à visiter un blog ou un site que j’aime. On commence par un très brillant site de critique littéraire, Bartleby les Yeux Ouverts. Bon surf !