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jeudi 2 février 2012

Foutage de ... ?

Depuis le 1er janvier 2012, non contents d'être entrés en campagne électorale, nous avons changé de régime de TVA sur le livre numérique. Conformément au vote de l'Assemblée en 2010 (petite subtilité et décalage d'un an nécessaire pour faire avaler la pilule à Bruxelles qui ne déglutit d'ailleurs toujours pas - comme quoi, hein, le modèle allemand a ses limites), la TVA applicable au livre numérique homothétique est au même taux réduit que le livre papier. 

Aussi s'attendait-on, benoît que nous sommes, à voir cette baisse répercutée chez nos libraires numériques préférés (Librairie Le Divan pour moi). Mais que pouic. Comment, ami libraire, m'enquis-je, tu conserves par devers toi les "sousous" ainsi pieusement soustraits à la barbe chenue du fiscaliste bruxellois ? Nenni, internaute client et néanmoins aimé ! Certains éditeurs, simplement, n'ont pas baissé leurs prix.

Et là, après avoir longtemps essayé de comprendre le point de vue des éditeurs, après avoir soutenu la loi PULN (et continuer de le faire), on se dit que certains éditeurs nous prennent pour des mal-comprenants. Comment se fait-il que, dans l'instant, Gallimard ait répercuté la baisse de la TVA sur le prix de vente public de ses fichiers alors qu'il me faut toujours débourser près de 16€ pour acheter Rose Madder de Stephen King en numérique alors que l'édition de poche coûte 8,50€ ? 

Et c'est ainsi, chers amis, qu'on fait le lit du piratage...

jeudi 1 décembre 2011

Lire au Carlton

Voilà, c'est perdu. Hier dans la nuit, à l'heure où se perpétuent les crimes dans les romans anglais d'avant-guerre, le gouvernement a refusé, malgré les appels d'Hervé Gaymard et de Patrick Bloche, de ramener la TVA pour le livre à 5,5%. "Un plan d'accompagnement" pour les libraires a été annoncé par Valérie Pécresse. On en jugera la teneur lorsque celle-ci sera connue. Pour le moment, on ne nous en voudra pas de le penser, le gouvernement donne aux libraires le flacon de curare et leur promet les soins palliatifs.

C'est passé presque inaperçu, mais la seule reculade du gouvernement a été son accord pour abroger la taxe sur les nuitées dans les hôtels de luxe. On a les priorités qu'on peut.

Une question de civilisation, vous dis-je, et d'âme. On verra en mai si le Printemps revient.

lundi 7 novembre 2011

En traître

Et voilà ! Le gouvernement qui a mis en place le label LIR et qui promeut la loi PULN pour sauver, soi-disant, les libraires, vient de mettre dans le barillet la balle destinée à les tuer : en augmentant la TVA sur le livre, en la portant à 7%, il met encore plus en danger la librairie indépendante. Gageons, ainsi, que les quelques éditeurs qui, depuis quelques semaines, tentaient d'accroître leurs marges pour les libraires au nom d'une certaine idée de la chaîne du livre ne pourront plus le faire.

Il y a à peine deux mois, aux Assises Nationales de la librairie, Frédéric Mitterrand avait, dans un vibrant plaidoyer, défendu la cause des libraires indépendants. Chacun, depuis, a pu lire ici ou là combien le commerce que la loi de 1981 a sauvé, était menacé. Et, à peine deux mois plus tard, le gouvernement auquel appartient le Ministre de la Culture met en danger, pour trois francs six sous (car rien à voir avec le bâtiment ou la restauration en terme de retours fiscaux potentiels), l'équilibre précaire sur lequel repose la chaîne du livre.

Politique de gribouille d'un gouvernement qui, d'un côté, prétend demander aux collectivités territoriales d'exonérer les libraires labellisés d'une taxe qu'entre-temps il supprime (la taxe professionnelle) et, de l'autre, leur inflige un matraquage fiscal dont il exonère la presse (car, n'est-ce pas?, les libraires ne possèdent pas de journaux, eux, à six mois d'une campagne présidentielle).

Dont acte. On attend à présent de voir si le Ministre de la Culture, si prompt et si juste lorsqu'il s'était agi de défendre, y compris contre son camp, le cinéaste Roman Polanski, aura gardé quelques mesures d'indignation pour la librairie indépendante.

Il ne s'agit pas seulement, une fois encore, de défendre un commerce. C'est d'une certaine idée de la France, ici, que nous parlons.

mercredi 2 novembre 2011

bouc e-missaire ?

Sans tomber dans l'inventaire à la Pérec (plus exactement à la Brainard), je me souviens d'avoir, au début de cette aventure du MOTif, expliqué que je me fichais de la mort ou non du livre papier. Je persiste et je signe : pas plus que je ne fais partie de ces érotomanes inspirés, libertins et réactionnaires qui délirent sur la mort du bas, je ne suis membre de la coterie qui renifle les livres, s'énamoure de l'odeur du papier, serine la beauté des bibliothèques privées qui n'ont jamais cessé d'être aussi, à mes yeux, des symboles de la domination de classe. Si le livre doit être demain remplacé par un objet plus efficace, aux possibilités plus étendues, au prix attractif, il le sera. C'est la raison pour laquelle le train a tué la diligence. 

En revanche, la mort ou non des libraires ne m'est pas étrangère. D'abord parce que c'est, dans ma vie, le plus beau métier que j'ai jamais exercé. Et déjà, alors, je l'ai quitté pour des raisons matérielles. Ensuite parce que, sans doute, je ne serai pas ce que je suis devenu sans des libraires qui ont guidé mes lectures, sans Philippe qui me glissa mon premier Ellroy, sans Renée qui me fit lire de la poésie contemporaine alors que je m'en gaussais comme un imbécile, sans Jean qui me fit don de J.R. de Gaddis et de William Gass et de Ray Carver, sans Didier qui m'offrit l'Empereur du Portugal et Diadorim, sans Chantal qui me mena à Calvino et sans la grande dame qui, embauchant un étudiant en lettres de 19 ans dont ce fut le premier vrai boulot,  fit de moi pour partie celui que je suis encore aujourd'hui. Enfin parce que la librairie de qualité est encore, et l'étude Qui Vend Quoi ? du MOTif l'a démontré, le lieu où se vend (sur papier) une écriture difficile, des auteurs méconnus, une création non formatée. J'ai d'ailleurs sur ce point un désaccord avec ce qu'écrit, dans un billet, par ailleurs remarquable, Hubert Guillaud. Non, on ne trouve pas chez Cultura, à la FNAC ou chez Virgin à la fois un titre précis et spécialisé et un succès commercial. On y trouve le succès commercial et point, à l'exception - pour combien de temps encore ? - des FNAC parisiennes.

Dans une récente note de blog, François Bon raconte qu'un des ses amis, libraire, lui a signifié que la profession risquait de disparaître, en gros, à cause d'Internet, du Web, du livre numérique... Il me semble que le constat est faux. Que la croissance exponentielle de la vente par correspondance du livre papier, via essentiellement Amazon, entre pour une part dans les difficultés des libraires aujourd'hui, oui. Mais le numérique, l'objet virtuel, le fichier, ce n'est encore qu'un épiphénomène économique.

Les libraires ont tardé à mettre en oeuvre des outils de VPC qui concurrencent Amazon. Pourtant, quand ils le font, ils sont capables de faire aussi bien, voire mieux, que la multinationale américaine : j'ai testé le service livraison en trois heures proposé par Librest, ça marche.

Le numérique ne signifie pas forcément la mort des librairies. On apprenait récemment que la FNAC, pour lutter contre Amazon et son Kindle, avait passé un partenariat avec Kobo pour disposer d'une liseuse de qualité. Est-il idiot d'imaginer que les libraires, comme le suggérait récemment Hervé Bienvault lors d'une rencontre du MOTif avec les bibliothécaires d'Ile-de-France, s'associent avec Barnes and Noble (ou d'autres) pour proposer cette liseuse à leurs clients ? Est-il stupide de penser que les bornes expérimentées par les librairies Gallimard et proposées par E-pagine puissent, améliorées, signifier une vraie offre numérique en librairie ? Est-ce d'un fou d'imaginer que la nouvelle expérience de Bibliosurf, proposer une librairie numérique avec seulement des livrels mais mis en avant, mais critiqués, mais commentés, mais expliqués, bref, librairisés, rencontre demain un public lassé du système de recommandations pour abrutis des géants du Net ?

La librairie traverse une crise grave. Elle le doit, et tout à la fois, à une crise économique majeure (les ventes de livres baissent aussi en grandes surfaces...), à la surproduction éditoriale, à un système de remise qui favorise la quantité plutôt que la qualité (pas partout, des éditeurs, tel Minuit, jugent aussi de leur conditions commerciales à l'aune de la qualité de l'enseigne), à la croissance de la VPC, à la baisse probable du lectorat et certaine des grands lecteurs... Elle le doit aussi à l'absence de réaction du Ministre de la Culture, lequel se contente d'une loi PULN qui ne répond en aucun cas, dans l'immédiat, aux problèmes des libraires (n'est pas Jack Lang qui veut). Elle le doit enfin parfois à elle-même, comme lorsqu'elle s'en prend au numérique au lieu de s'interroger sur ce qu'il peut représenter, demain, comme nouveau marché et comment y trouver sa place.

Pour autant, rien n'est écrit. Demain, les pouvoirs publics peuvent prendre l'initiative de protéger la librairie comme ce fut le cas le 30 août 1981. Les pistes existent, entre prêts à taux zéro, réductions des charges patronales, préemption de baux commerciaux à tarifs préférentiels... Demain, les libraires peuvent s'associer pour apporter une réponse collective. Demain, les éditeurs, certains s'engagent déjà sur cette pente, peuvent décider d'autres conditions commerciales.

Le texte (non pas le livre, mais bien le texte) a besoin de médiateurs. Enseignants, bibliothécaires et libraires sont des passeurs. Et nous continuerons, numérique ou non, à avoir besoin de ponts.

vendredi 7 octobre 2011

Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait livrels

Mardi 4 octobre 2011, le MOTif et la bibliothèque départementale des Yvelines présentaient à Viroflay les résultats de l'expérimentation conduite autour du prêt de liseuses dans 6 médiathèques du département.
Devant 200 bibliothécaires, Jérôme Dayre, Michel Fauchié, Vincent Marty et Hervé Bienvault ont, tout l'après-midi, décrypté les enjeux du numérique, mis en avant leurs propres doutes et leurs rares certitudes, bref, défriché.
Pour ma part, et sans doute un peu hâtivement, j'ai affirmé que les médiathèques devaient se focaliser sur l'achat de contenus et non de contenants. Quelques mots, donc, pour préciser ma pensée.
Tant que le niveau d'équipement en outils de lecture numérique (tablettes ou lieuses) ne sera pas massif, le rôle de médiation des bibliothécaires par rapport à ces outils demeurera essentiel. Alors, oui, je pense que l'expérimentation de prêts de liseuses ou de tablettes est, aujourd'hui, une action publique à poursuivre.
Ce que j'ai voulu exprimer, c'est qu'une fois ce niveau d'équipement, nécessaire à la constitution d'un marché du livre numérique digne de ce nom, atteint, le rôle de la médiathèque sera, à mon sens, de proposer des contenus attractifs, sans DRM, et d'offrir aux lecteurs des choix de lectures différents, des livres enrichis, des auteurs à découvrir... et non de proposer des outils dépassés en six mois. Les médiathèques ne prêtent pas d'Ipod, pourquoi prêteraient-elles de liseuses ?
La question des contenus est au coeur du numérique en bibliothèque. Elle doit être réglée, et vite, légalement. Sur ce point, la loi PULN n'apporte qu'une réponse partielle, qui prévoit l'abonnement sans rien définir d'un droit de prêt ou des conditions exactes de l'achat de fichiers à l'unité. Surtout, la problématique de l'acquisition de contenus en bibliothèque doit faire l'objet, comme l'a très bien rappelé Michel Fauchier, de vrais choix politiques. Et, donc, d'une nouvelle règlementation sur le prêt de contenus numériques.
Au-delà de nos expérimentations aux uns et aux autres, c'est toute la question du numérique dans la sphère publique qui est posée, ainsi que celle du droit d'auteur. Et cette question, c'est aux élus d'y répondre.

mardi 13 septembre 2011

Amazon m’a tuer ?

Tribune de Vincent Monadé dans Libération, édition du 13 septembre 2011

Trente ans après la loi Lang, la librairie indépendante est menacée. Au cœur d’une rentrée littéraire ni plus ni moins convenue que celles des années précédentes, deux voix d’éditeurs, Olivier Bétourné et Jean-Marc Roberts, viennent de le rappeler. En juin, une étude du Syndicat de la Librairie Française a mis en avant le recul de plus de 5% du chiffre d’affaires des librairies entre 2003 et 2010. Depuis janvier 2011, le constat s’aggrave : en Ile-de-France, des librairies importantes ont mis la clé sous la porte. Olivier Bétourné ne défend pas son pré carré : ses propositions conduiraient les éditeurs à réduire leurs marges. Comme Jérôme Lindon au début des années 1980, ceux qui défendent la librairie et interpellent les pouvoirs publics, font le constat que celle-ci demeure le lieu de diffusion et de vente d’une littérature complexe et exigeante et d’une pensée atypique et novatrice. Ils ne défendent pas la survie d’un commerce, mais celle de la pensée.

L’étude du MOTif (observatoire du livre et de l’écrit de la Région Ile-de-France), "Qui vend Quoi ?", a montré que la librairie demeurait le lieu de vente des livres exigeants. C’est la passion du libraire qui a permis à Michon, Modiano, Le Clézio ou Echenoz de frayer un chemin vers les lecteurs ; c’est elle qui construira, demain, la carrière d’autres auteurs. Elle sert à cela, la librairie : donner du temps à l’auteur, le faire connaître de dix, puis de cent, puis de mille lecteurs, asseoir sa notoriété pour bâtir son succès. Amazon et la Fnac ont vendu des centaines de milliers d’exemplaires de l’Elégance du Hérisson parce qu’il avait, d’abord, été repéré par des libraires. La librairie crée un son dont la grande distribution n’est que l’écho. Elle a toujours été un commerce fragile, raison pour laquelle les vocations y sont plus rares qu’en pharmacie. Les libraires pratiquent avec passion. S’ils avouent que les temps sont durs, ils refusent le défaitisme. Ils se battent, d’animations en lectures, pour faire vivre une autre idée de la littérature que "les internautes qui ont acheté ce livre ont aussi acheté une friteuse Actifry".

Depuis des années, certains éditeurs, de Jérôme Lindon à Antoine Gallimard, sont à leurs côtés. Aujourd’hui, les propositions d’Olivier Bétourné comme l’action de l’Association pour la Défense de la Librairie de Création (ADELC), association d’éditeurs qui finance l’ouverture et l’extension de librairies indépendantes, forgent les maillons d’une solidarité entre acteurs de la chaine du livre. Sans angélisme aucun, les éditeurs agissant aussi dans leur intérêt commercial bien compris, force est de constater que cette solidarité du secteur devrait être accompagnée d’une action déterminée des pouvoirs publics. Un lobbying intense des acteurs de la chaine du livre a conduit le gouvernement à promulguer, une loi sur le prix unique du livre numérique et à décider, à compter de 2012, d’une baisse de la TVA sur ces mêmes livres. Si ces mesures paraissent essentielles pour que les libraires existent dans l’environnement numérique, elles ne suffiront pas à enrayer une baisse du chiffre d’affaires de la vente en magasin liée notamment à l’explosion de la vente en ligne.

Le constat fait par le MOTif dans son enquête sur la librairie indépendante ne surprendra pas les connaisseurs du secteur : les charges patronales et les loyers pèsent lourdement dans la gestion d’une librairie, et c’est là, sans doute, que sont les leviers qui permettraient d’agir.
Alors que s’ouvre le débat de la présidentielle, trois mesures paraissent, dès juin 2012, pouvoir être de nature à permettre le maintien et de le développement de la librairie :
- une exonération partielle ou totale des charges des employeurs des librairies indépendantes de référence négociée en contrepartie d’une hausse soutenable des salaires;
- la mise en œuvre par les Régions d’un fonds de garantie qui permette de cautionner les libraires auprès des banques afin qu’ils puissent accéder à l’emprunt ;
- la création d’une aide au loyer pour les libraires indépendants par la mise à disposition par les communes de locaux commerciaux à loyers protégés et la constitution d’un fonds de garantie des loyers des libraires par les Régions (pour ceux qui relèvent du domaine privé).

Défendre la librairie indépendante est plus qu’un choix de société, c’est un choix de civilisation. Il s’agit de choisir entre l’âme et le commerce, entre l’intelligence et la vacuité, entre la pensée et les marchands du Temple.

lundi 5 septembre 2011

Passe à dix.

En cette rentrée littéraire, force est de constater que l'édition française est un bien petit marché. A lire la presse, l'édition se résume à une vingtaine d'éditeurs seulement. Et je me demande, franchement, où le MOTif est allé chercher les quelques 1000 éditeurs franciliens qu'il recense dans son étude Editeurs d'Ile-de-France.

De cahiers livres en cahiers livres, la recension des mêmes titres, tous publiés chez de grands éditeurs, se poursuit ad nauseam. Et si, sans les avoir lus, j'ai l'impression de tout savoir sur les derniers Nothomb, Carrère ou Franzen, j'aimerais être informé de ce qui se passe ailleurs, aux petites éditions Alma, par exemple, qui publient un très beau roman de Thomas Vinau, Nos Cheveux Blanchiront Avec Nos Yeux.

Les mêmes qui se lamentent, à juste titre, sur la disparition des grands lecteurs, la concentration excessive de l'édition autour des best-sellers ou la sur-production de livres, roulent sur des autoroutes chaque mois de septembre. C'est à croire qu'il ne s'est écrit, l'année dernière, qu'une vingtaine de livres destinés à rafler des prix. On dit souvent, à juste titre, que le libraire défriche, fouine, déniche des auteurs. Peut-on dire aujourd'hui la même chose des grands média ? Il semblerait que non.

Il existe pourtant, dans ce pays, des éditeurs de talent qui publient, chaque rentrée, de très belles oeuvres, lesquelles sortent dans l'indifférence la plus totale et sont destinées à l'oubli. A quand la "une" de Télérama sur la rentrée de la petite édition ? A quand un dossier des Inrocks sur ce qui se passe, en septembre, chez les éditeurs de l'Autre Livre ?

La survie de la petite édition est, on le sait, toujours fragile. Les coûts de stockage et de distribution, la difficulté d'accéder à un distributeur, l'impossibilité, ou presque, d'être diffusé sont autant de freins objectifs. Qu'il faille, en outre, y rajouter une forme d'indifférence médiatique n'arrange rien à l'affaire.

Allez fouiner chez votre libraire (ou, si vous lisez en numérique, ici), écoutez-le parler des livres qu'il a aimés, faites-vous plaisir avec des textes connus ou peu connus, mais choisis. C'est tout le plaisir des rentrées. Et des chemins de traverse.

lundi 29 août 2011

Le numérique, enfin ?

Au fond, l'évènement de cette rentrée sera moins littéraire que technologique. Il semble, en effet, que les éditeurs aient fait le choix de proposer pour la première fois des fichiers numériques aux lecteurs. L'évolution est notable : souvenons-nous que, l'année dernière encore, le prix Goncourt ne disposait pas, mi-novembre, d'une version téléchargeable.

Alors que cette année les médias titrent sur une baisse de la production (une plaisanterie, sans doute, car 654 titres proposés me paraît demeurer un peu excessif), alors qu'on peut légitimement se demander si la rentrée suffira à enrayer les mauvais chiffres actuels de la librairie, voire si cet excès de production en septembre a encore un sens économique, l'avènement du numérique à l'échelle industrielle dans notre pays me paraît être de nature à changer la donne.

Un nouveau marché s'ouvre, dont j'ai la conviction qu'il est créateur de richesses supplémentaires, et non pas assassin du livre papier ou fossoyeur de la librairie. Et, au risque assumé de faire pousser aux thuriféraires du "tout tout de suite" des cris d'orfraie, je crois qu'il faut saluer l'effort tarifaire des éditeurs sur des fichiers numériques proposés environ 20% moins cher que la version papier.

Peut-être faudra-t-il encore baisser les prix des fichiers pour rencontrer le lecteur, mais lorsqu'on voit le prix d'un Ipad, on aimerait que ceux qui critiquent vertement les éditeurs français s'en prennent aussi parfois aux fournisseurs de liseuses et de tablettes qui, de Kindle en Apple, pratiquent des conditions tarifaires bien éloignées de la démocratisation de l'accès à la lecture.

Ainsi, cette rentrée 2011 restera sans doute comme celle de l'avènement réel du numérique en France, du moins par la qualité de l'offre enfin proposée. Une bonne rentrée, donc.

mardi 21 juin 2011

Pour la lecture publique.

Alors que le MOTif publie, mardi 21 juin, son étude sur les horaires d'ouverture en bibliothèques, j'entends la ritournelle du coût d'un équipement comme une médiathèque, notamment en fonctionnement, et de la soi-disant désaffection du public vue au seul prisme de la baisse relative du nombre d'inscrits.

C'est vrai, les usages changent. L'arrivée du numérique bouleverse les pratiques culturelles ; on emprunte moins de CD, peut-être moins de DVD. L'accès aux oeuvres se fait directement, par Internet, pour tout un pan des pratiques culturelles. Pour autant, tordons le cou à un serpent de mer : la médiathèque, ce n'est pas le lieu de l'emprunt (pas que).

Ce que démontre l'étude du MOTif, entre autres, c'est l'usage intensif que font, en Ile-de-France, les plus de 15 ans de leurs médiathèques. Certes, ceux qui n'ont pas chez eux les conditions nécessaires au travail scolaire y viennent mais, et ce fut là pour moi une surprise, s'y rendent aussi ceux qui ont chambre et ordinateur à la maison, espace de travail et bibliothèque familiale : car là est un lieu de savoir et de calme, protégé, préservé du bruit du monde et de ses tentations, propice à l'effort.

Une médiathèque, et demain plus encore, c'est le lieu d'une médiation sociale permanente. Alors que les établissements scolaires, payés par chacun d'entre nous, ne sont pas ouverts en dehors du temps de l'école (ce qui est un scandale récurrent), la médiathèque, lorsque ses horaires sont pensés en fonction des usagers et d'un projet politique moderne, c'est l'endroit de la lutte contre la fracture sociale, l'endroit où les jeunes travaillent, où les chômeurs cherchent du boulot, où les retraités quittent l'isolement. La médiathèque, c'est le coeur battant de la ville, là où reste encore un petit peu de vie à plusieurs.

Avec le numérique, le rôle des médiathèques ne va pas se réduire, bien au contraire. Qui, si ce n'est le bibliothécaire, pourra demain lutter contre la fracture numérique (laquelle recoupera, parions-le, la fracture sociale) ? Qui, si ce n'est le bibliothécaire, aidera le jeune, aidera le pauvre à s'orienter sur le Net, à trouver les ressources dont il a besoin, à recouper, à vérifier ? Encore faut-il porter un projet politique de service public et non pas un projet où l'usager devient simple client.

Elus, vous trouvez que les médiathèques coûtent cher ? Essayez l'ignorance.

jeudi 9 juin 2011

Dans le mur en chantant

Je rentre du sommet mondial des droits d'auteurs de Bruxelles. Fascinante expérience.

Alors qu'il est une opportunité immense pour la diffusion des oeuvres de l'esprit , le web y est présenté comme une menace. Notable exception, Jean-Claude Bologne est revenu dans une interview en ligne sur le potentiel d'Internet pour les créateurs.  

Mais que n'a-t-on entendu, notamment en matières de chiffres ! Il a été annoncé un million d'emplois perdus du fait de la piraterie. Quelle étude, quelles sources ? Mystère.


Le droit d'auteur n'est pas négociable et la gratuité de la création est une hérésie. Ceci réaffirmé, on aimerait que les auteurs soient plus obnubilés par l'arrogance des FAI que par les agissements des internautes, qu'ils soient plus soucieux d'obtenir de Google, d'Amazon, de Free... un respect de leurs droits. A ce stade, l'ennemi, c'est timeo danaos, pas les consommateurs. Et quand on voit Google figurer parmi les sponsors du WCS de Bruxelles, on ne peut que se dire qu'il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark.

Et ceci m'amène à mon second point. De retour de Bruxelles, et alors que je reçois la créatrice de la Souris qui Raconte, pionnière pure player pour enfants pour lui expliquer que les aides institutionnelles vont toutes au livre papier, je ne peux que constater une fois de plus que les institutions, toutes ou presque, sont en train de rater la révolution numérique. A ne pas tenter de comprendre, à refuser d'expérimenter, à préférer toujours monter les étages d'une vieille maison plutôt que de prendre le risque de bâtir les fondations d'une nouvelle, nous allons droit dans le mur. Mais à la française : en chantant.

L'Internet est une frontière. Et les institutions n'ont pas l'esprit pionnier. 

mardi 24 mai 2011

Au sommet de rien...

Je l'avoue humblement, je trouvais excellente l'idée de consacrer un sommet dit e-G8 (les communicants polluent vraiment l'action publique) à l'économie numérique et au défi colossal qu'elle représente, notamment pour les droits d'auteur.

J'attendais des échanges, une vraie confrontation des points de vue entre utilisateurs, entrepreneurs et gouvernements. Et donc, benoît, de me précipiter faute de place sur la retransmission Internet de l'évènement.

Première désillusion : la scène est fardée, logotée de haut en bas des bannières des entreprises participantes. Je crois un instant m'être trompé, j'assiste à la retransmission de Roland-Garros et, bientôt, Nelson Montfort questionnera les messieurs en chemise cravate qui s'expriment à la tribune. Que nenni, je suis au bon endroit.

Comment la puissance publique peut-elle ainsi se commettre avec le privé au point de lui laisser pourrir de publicités un évènement présenté comme mondial, gouvernemental et citoyen ?

Seconde désillusion : qui parle ? Au débat sur les droits d'auteur, il n'y a pas un seul auteur ! Pas un seul Internaute ! Pas un seul créateur de l'économie numérique ! Pas un bibliothécaire ! Mince, les noms ne manquaient pas : François Bon, Jean-Claude Bologne, Bruno Racine, en voilà trois sans même y réfléchir.

Où sont les utilisateurs, où sont les pirates, où sont les "pure players"? Un seul représentant des auteurs, John Perry, mais sur des positions extrêmes et difficilement audibles.

Et l'on assiste, sidéré, à un débat où un Ministre de la République qui vient, une semaine plus tôt, d'adresser un vibrant discours aux libraires réunis aux rencontres nationales de Lyon, sert la soupe à Bertelsmann, fossoyeur notoire de la librairie indépendante française et à Universal.

Seul Antoine Gallimard, dont on se demande ce qu'il vient faire dans cette galère, rappelle, du point de vue d'un éditeur, ce qu'il en est du droit d'auteur en France. C'est normal : n'est-il pas le seul, à cette tribune sidérante, à défendre ce droit dans sa pratique d'éditeur?

Définitivement, le divorce entre la puissance publique et l'Internet, et la toile, et le numérique, me paraît être consommé. A jamais, la France est le pays du Minitel.

 

vendredi 4 mars 2011

Editeurs, vos papiers !

Depuis quelques jours, des inspecteurs de la commission européenne accompagnés de leurs homologues français de la direction de la concurrence perquisitionnent les bureaux de dangereux délinquants. Enfin, l'Europe porte un coup d'arrêt au trafic de drogue, à la traite des femmes, aux réseaux mafieux du jeu, au blanchiment éhonté ? Que nenni, lecteur. Que tu aies voté non ou oui au référendum sur la Constitution européenne, que tu sois fédéraliste ou eurosceptique, sache-le, l'Union Européenne est sans peur et sans reproches, elle s'attaque à une hydre terrible, ne recule devant rien, pourfend le crime : ce sont les éditeurs français que cette Eliot Ness bruxelloise abat de son glaive vengeur !

Nous toucherions, finalement, à un ridicule de bon aloi si, derrière cette péripétie, derrière la saisie d'ordinateurs chez Flammarion ou Albin Michel, n'était à l'oeuvre la logique ultra-libérale qui s'impose de plus en plus à Bruxelles. Car que reproche-t-on aux éditeurs français ? Une hypothétique entente sur le prix des livres numériques. Alors que Google, gaillardement et en quasi impunité, pille le droit d'auteur depuis plusieurs années, alors qu'Amazon attaque sans vergogne la librairie française, alors qu'Apple rêve de monopole absolu sur l'ensemble des contenus culturels mondiaux, alors que l'ensemble de ces multinationales prônent un monde exclusivement anglophone, globalisant, méprisant les cultures nationales, l'Union Européenne n'a rien de mieux à faire qu'attaquer ceux qui, dans leur petit village gaulois, s'échinent, encore et toujours, à publier des livres et à défendre la langue et la culture françaises mais aussi à se faire l'écho via les traductions de voix étrangères.

A l'heure où j'écris, le silence du gouvernement, et celui du ministre de la Culture, sont assourdissants. Alors que l'Assemblée nationale vient de voter la loi sur le prix unique du livre numérique, alors que la TVA réduite sur le livre numérique doit entrer en vigueur au premier janvier 2012, alors que la profession dans son ensemble, auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, se bat pour préserver notre diversité culturelle dans le champ numérique, n'y a-t-il personne pour dire : cela suffit ! ?

Si l'exception culturelle française est le prix à payer pour faire l'Europe, alors il est trop lourd. Les racines de la France ne sont pas seulement au Puy-en-Velay ou chez Grégoire de Tours Elles viennent  du monde entier et aussi du catalogue Gallimard. Et je suis le produit de ma langue et de mes livres. 

jeudi 3 février 2011

Le député, la loi et le contrat

Depuis les premières discussions, j'ai clairement dit mon intérêt pour une loi sur le prix unique du livre numérique. Parce que, je le croyais et continue de le croire, elle protègera un temps au moins la chaîne du livre contre les intrusions, pour moi dangereuses, de multinationales qui n'ont rien à y faire.

En commission culture, la loi sur le prix unique du livre numérique a été adoptée amputée d'un ajout à l'article L132-5 du code de la propriété intellectuelle proposé par le sénateur socialiste David Assouline et voté par le Sénat. Que stipulait ce dangereux article gauchiste, sans doute inspiré par la révolution bolivarienne mondiale ? "Lorsqu'une œuvre étant publiée sous forme imprimée est commercialisée sous forme numérique, la rémunération de l'auteur au titre de l'exploitation numérique est fixée en tenant compte de l'économie générée, pour l'éditeur, par le recours à l'édition numérique."

En clair, et comme David Assouline lui-même l'expliquait ici, cet amendement visait à garantir une rémunération juste et équitable de l'auteur. Juste cela.

Las, c'était encore trop pour les libéraux de la commission des affaires culturelles de l'Assemblée. Arguant que la relation entre l'auteur et l'éditeur était contractuelle (dont acte), le député Hervé Gaymard a réussi à obtenir, au moins temporairement, le retrait du bout d'article. Alors, quelques questions :

  • cette loi a-t-elle vocation à défendre la chaine du livre, comme je le pensais, ou un seul acteur de la chaîne?
  • si le contrat est la norme, pourquoi légiférer? Que le marché s'exprime, librement, et que chacun choisisse sa politique tarifaire. Ce n'était pas ma position, cela ne l'est toujours pas, mais on ne peut pas se retrancher derrière la loi quand cela arrange, et derrière le marché quand cela n'arrange plus.
  • si la loi vise à protéger la chaine du livre, comme celle de 1981, n'est-il pas bon qu'elle pointe l'intérêt de chaque acteur de la chaîne ?
  • enfin, à ceux qui m'objecteraient que la loi de 1981 ne mentionnait pas la rémunération des auteurs : n'est-ce pas pour cela que déjà, et depuis fort loin, le partage sur papier était fixé (et alors bien, tirages suffisants et ventes itou) quand rien n'est fait encore pour le numérique.

En réalité, le retrait de cet article est lié au retour, au sein d'un consensus politique de bon aloi autour du livre, des tenants de l'idéologie libérale. Une chance encore, toutefois : le débat devant l'Assemblée n'a pas encore eu lieu et un texte, pour devenir loi, doit être voté dans les mêmes termes à l'Assemblée et au Sénat.

lundi 24 janvier 2011

Financements croisés et fin des financements

Dans sa grande sagesse, le législateur a cru bon, récemment, de décider la fin des financements croisés en 2015. On imagine sans peine la logique à l'oeuvre : toujours, et encore, la diminution de l'intervention publique au seul bénéfice des logiques de profit.

Or, en matière d'équipements publics, le brouet légal risque d'avoir des répercussions terribles. Ainsi, le MOTif vient récemment de cartographier les bibliothèques d'Ile-de-France. Depuis l'an 2000, la Région Ile-de-France aide, en effet, seule dans ce cas avec l'Alsace, les communes pour la construction de leurs médiathèques. Dans une étude à paraître, la DRAC d'Ile-de-France souligne qu'en dix ans (période durant laquelle les financements de l'Etat, de la Région, des départements et des communes ont pu être réunis pour ériger des médiathèques), notre Région est passée du 24ème rang français en matière de mètres carrés de médiathèque par habitant au 12ème rang.

Demain, si cette disposition imbécile est appliquée au champ culturel, ce rassemblement de bonnes volontés autour de la lecture publique deviendra interdit. On invite, finalement, Carabosse au berceau sur lequel seules les bonnes fées se penchaient jusqu'à présent.

Il paraît que cela s'appelle rationaliser. On l'expliquera aux communes les plus pauvres lorsqu'elles demanderont, dans quatre ans, des crédits pour financer ou rénover des médiathèques. Aux populations qui trouvent là un des rares accès à la culture encore gratuit, ou peu s'en faut, aussi.

vendredi 7 janvier 2011

Fahrenheit 2011

Il y a trente ans, inspirée par Jérôme Lindon, voulue par François Mitterrand et portée par Jack Lang, la loi sur le prix unique du livre sauvait les librairies et l'édition indépendantes françaises. Loi symbolique de la gauche, au même titre, toutes proportions gardées, que l'abolition de la peine de mort, la loi du 30 août 1981 a permis au livre d'entrer, plutôt moins mal que d'autres, dans la mondialisation.

En 2011, le livre connaîtra une nouvelle mutation dont l'enjeu n'est pas, à mon sens, le maintien ou la mort du livre papier. La mutation numérique peut être comme la langue d'Esope la meilleure ou la pire des choses. La meilleure si elle permet l'exploration de territoires nouveaux de la création, l'émergence d'autres façons d'écrire, le retour à la lecture de ceux qui s'en éloignent, une meilleure rémunération de l'ensemble des métiers du livre ; la pire si elle détruit inexorablement la chaîne du livre, la librairie indépendante, l'édition indépendante et, à terme, toute pensée qui ne serait pas formatée par des entreprises comme Google ou Apple.

2011 sera, je le crois, l'année de l'émergence réelle du livre numérique, non plus comme fantasme justifiant un énième colloque, mais comme économie à croissance forte, destinée à prendre des parts de marché de plus en plus importantes dans l'économie globale du livre.

Attendre 2012 pour mettre en oeuvre une TVA à 5,5% pour le livre numérique, c'est trop tard. Dès cette année, le gouvernement doit prendre toute la mesure des enjeux et protéger les professions du livre, d'autant que s'ouvrent, entre auteurs et éditeurs, des négociations sur les rémunérations qui dépendent, en partie, de la question fiscale.

C'est aussi la raison pour laquelle, avec d'autres, le MOTif est favorable à une loi sur le prix unique du livre numérique, 30 ans après la loi Lang. Non comme une panacée qui suffirait à préserver les métiers du livre, mais comme un instrument temporaire de fixation du marché. J'ai la conviction que cette loi permettra, le temps que s'installe l'économie du numérique, de limiter l'intrusion anarchique de multinationales dont le livre est le cadet des soucis.

Certes, le numérique peut être l'espace pour inventer de nouvelles façons d'écrire, d'éditer et de vendre le livre. Mais ne pas légiférer, c'est faire le jeu d'acteurs qui n'ont rien à voir avec le livre. Ne pas légiférer, c'est favoriser le renard libre parmi les poules libres.

jeudi 9 décembre 2010

T'as voulu voir Bruxelles et on a vu Bruxelles

Le 30 novembre, le MOTif a organisé une journée de rencontres à Bruxelles avec des députés européens et des membres de la Commission. Accompagnés de Jean-Claude Bologne, président de la SGDL, et de Anne Bergman-Tahon, directrice de la Fédération Européenne des Editeurs, nous avons plaidé pour le droit d'auteur et pour l'application d'un taux de TVA réduit pour le livre numérique.
Quelques enseignements :
- il faut, à Bruxelles, parler d'une seule voix, affirmer une position claire et partagée et s'y tenir. Les sujets qui fâchent restent à la maison;
- l'accueil est bon, voire excellent. Les professions, la société civile dans son ensemble, est plus que tolérée, elle est souhaitée et attendue pour défendre son point de vue et aider la Commission à prendre en compte l'intérêt général;
- la question de la TVA est sensible, surtout depuis la baisse accordée aux restaurateurs. Pour autant, la Commission ouvre un livre vert sur la TVA où la question des taux réduits sera posée : la chaîne du livre, dans son ensemble, doit en profiter pour s'exprimer. Car si la loi sur le prix unique du livre numérique fait débat, la TVA à taux réduit est une nécessité pour tous;
- il est essentiel d'expliquer que ce taux réduit sert toute la chaîne du livre, et qu'il servira aussi à maintenir une répartition entre tous les intervenants, auteurs, éditeurs et libraires;
- enfin, Bruxelles est une oeuvre de longue haleine.
Le MOTif entend régulièrement y retourner, avec la SGDL, avec le SNE, avec le SLF et avec tous ceux qui, plus largement, partageront notre conviction que l'Europe peut être, à terme, un espace déterminant pour l'avenir du livre.

vendredi 10 septembre 2010

Pour la clause

Avant-hier, dans l'indifférence, l'Assemblée Nationale a de nouveau, examinant le projet de loi portant réforme des collectivités territoriales, remis en cause la clause de compétence générale des collectivités.
C'est cette clause, pourtant, qui permet aux Régions, aux départements et aux communes de financer la culture. Aujourd'hui, les financements culturels des collectivités territoriales dépassent, et de loin, ceux de l'Etat. Si, demain, la clause de compétence générale est supprimée, des librairies, des maisons d'édition indépendantes n'auront plus de subventions régionales, des auteurs ne pourront prétendre à des résidences. Dans ce jeu de dupes entre le Sénat (qui avait rétabli la clause de compétence générale) et l'Assemblée, la culture risque d'être sacrifiée. A une époque où les crédits d'intervention du ministère de la Culture en matière de livre et de lecture publique sont en baisse, cela augure mal des politiques du livre. Le Président de la République a pris l'engagement de maintenir, pour la culture, l'exercice de la clause de compétence générale. Cet engagement, le Ministre de l'Intérieur l'a réaffirmé dans la loi. Aujourd'hui, nous attendons la réaction du gouvernement. Si elles sont financièrement étranglées, les collectivités devront, en priorité, faire face à leurs politiques obligatoires. Dès lors, la culture risque de le payer cher. Allons plus loin : si la clause de compétence générale en matière culturelle est maintenue, finalement, par le gouvernement, il faudra qu'il garantisse, aussi, aux collectivités les moyens de l'exercer. Sinon, cela équivaudra à tuer le chien culturel en disant que d'autres l'accusent d'avoir la rage.

lundi 2 août 2010

Des deux François

Comme d'habitude, François Bon met les pieds dans le plat.
Dans un article dense, pour moi remarquable, auquel je renvoie bien volontiers ici (ainsi qu'au commentaire, fort pertinent, de François Gèze sur la même page), il refuse d'entrer dans le débat pour ou contre une loi sur le prix unique du livre numérique, mais explique pourquoi selon lui elle ne servira à rien.
Je plaide, pour ma part, pour cette loi. Je continue de penser qu'elle est vitale pour le tissu de librairies indépendantes, unique au monde, dont nous disposons en France qui soutient envers et contre tout l'essor d'une autre littérature, et une diversité culturelle menacée par le commerce mondialisé. Car il y a des chiffres, comme celui de la rentabilité moyenne d'une librairie (1,5%) qui disent la fragilité d'enseignes comme Mollat, Ombres Blanches, Sauramps ou Millepages. Les grandes librairies sont des colosses aux pieds de sable.
Mais au-delà du désaccord, je rejoins François Bon sur l'utilité évidente d'une TVA à prix réduit pour le livre numérique, y compris et surtout exclusivement numérique (que Bon appelle ''pure player''). Cette TVA réduite est essentielle au développement d'une autre, et nouvelle, expérience littéraire numérique. Elle est essentielle aussi pour accompagner la loi, déjà presque écrite, sur le Prix Unique du Livre Numérique. Cette TVA est possible, elle l'a bien été pour les restaurateurs!
Je pense, en outre, que faire une loi sur le livre homothétique (c'est à dire exact décalque d'un livre papier) est une erreur d'époque, même si je comprends la difficulté à définir le livre (dont il n'existe encore aujourd'hui qu'une définition fiscale) et donc, le livre numérique. Si la littérature numérique se développe, ce qui est tout de même une évidence, de nouveaux interlocuteurs, beaucoup moins innovants et soucieux de littérature que Publie.net, viendront jouer dans la cour des éditeurs et des libraires. Ils proposeront des textes uniquement numériques à des tarifs défiant toute concurrence d'auteurs à fort potentiel commercial qu'ils auront débauchés . A quoi servira, alors, une loi sur le prix unique de fichiers numériques, fichiers pensés comme des livres papier ? A terme, quand le marché sera mature, Apple, Amazon et Google proposeront des bestsellers uniquement en version numérique. Quelle sera l'utilité d'une loi concernant les seuls livres homothétiques ?
Le numérique ne singe pas le livre. Il va profondément sans doute bouleverser l'objet littéraire. Et cela, la loi ne l'anticipe pas. Parce que Lindon était visionnaire, la loi de 1981 avait un coup d'avance. Qui fera en sorte que celle qui s'annonce n'en ait pas un de retard ?

mardi 15 juin 2010

A l'encan

La nomination d'un nouveau Président du CNL, que nous saluons, s'apparente à la plantation d'un arbre pour cacher le désert là où, autrefois, s'élevait une forêt. Y a-t-il encore dans ce pays un ministère de la Culture ? Il est permis d'en douter. Ou alors, le rachat des meubles de la maison de couture Christian Lacroix le signifie assez, qu'on le nomme ministère du Patrimoine. Où survit la culture vivante dans ce ministère ? Où sont, qui sont les créateurs que Jack Lang ou Jacques Toubon soutenaient, artistes émergents et provocateurs ? En matière de livre, la messe est dite : la direction du livre et de la lecture n'existe plus. Trois de ses cadres les plus importants, rouages essentiels de l'action de l'Etat dans la chaine du livre, sont partis ou en partance. Fermez le ban. Qui, demain, arbitrera le conflit naissant entre les auteurs et les éditeurs ? Qui, demain, fera voter une loi sur le prix unique du livre numérique ? Qui, demain, ira à Bruxelles plaider pour un taux de TVA réduit pour ce même livre numérique ? Les mânes, sans doute, d'André Malraux. Et qu'on ne nous dise pas que c'est une question partisane. La droite, de Malraux en Toubon, a produit de grands ministres de la Culture, hommes passionnés, actifs et batailleurs. Encore faut-il, pour avoir des ministres de cette trempe, un homme pour les nommer et les soutenir. Le ministre a racheté, réjouissons-nous en, les meubles de Christian Lacroix. Espérons que nous n'aurons pas, bientôt, à racheter ceux de la rue de Valois.

mercredi 2 juin 2010

Urgence livre

La crise, qui d'abord avait épargné le secteur du livre, le frappe aujourd'hui de plein fouet. La baisse ininterrompue des ventes de livres depuis janvier ou février 2010 va nécessairement impacter la chaîne du livre. D'abord les libraires.
Dans une économie qui a toujours été fragile, le commerce de librairie ne peut supporter, aussi florissante soit l'enseigne, une réduction constante des ventes. Si les librairies les plus solides peuvent sans doute faire le dos rond quelques mois, le risque est grand pour les nouvelles librairies, les commerces de banlieue et les petites surfaces. Des problèmes pourraient surgir, et des risques de fermeture apparaître. Ensuite, les petits éditeurs qui, confrontés à des retours importants, vont devoir faire face, eux aussi, à des difficultés conjoncturelles importantes. Je le dis sans ambages : les aides publiques dans le domaine du livre, aussi bien celles de l'Etat que celles des collectivités territoriales, ne sont pas adaptées aux situations de crise. Il s'agit d'aides structurelles lourdes, délicates à mettre en place, nécessitant de monter des dossiers complexes, quand les libraires et les éditeurs vont avoir besoin d'un soutien rapide et orienté vers la trésorerie. Certes, on peut considérer que le livre est un produit, soumis à un environnement concurrentiel normal, qui doit faire face seul à la crise. Ce n'est évidemment pas la position des institutions qui oeuvrent dans le secteur du livre, évidemment pas celle du MOTif : un livre n'est pas une boîte de petits pois. Le 30 juin, Julien Dray, le nouveau Vice-président chargé de la Culture, invite les professionnels du livre à la Région Ile-de-France pour qu’ils s’expriment et évoquent leurs besoins, y compris ceux surgis de la conjoncture. Cette rencontre est une occasion de convaincre les élus de réorienter, si nécessaire, certaines aides afin de faire face à l'urgence. Le MOTif, qui plaide depuis longtemps pour des aides à la trésorerie des libraires, au loyer et à la garantie de leurs emprunts, y sera.

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