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mardi 15 juin 2010

A l'encan

La nomination d'un nouveau Président du CNL, que nous saluons, s'apparente à la plantation d'un arbre pour cacher le désert là où, autrefois, s'élevait une forêt. Y a-t-il encore dans ce pays un ministère de la Culture ? Il est permis d'en douter. Ou alors, le rachat des meubles de la maison de couture Christian Lacroix le signifie assez, qu'on le nomme ministère du Patrimoine. Où survit la culture vivante dans ce ministère ? Où sont, qui sont les créateurs que Jack Lang ou Jacques Toubon soutenaient, artistes émergents et provocateurs ? En matière de livre, la messe est dite : la direction du livre et de la lecture n'existe plus. Trois de ses cadres les plus importants, rouages essentiels de l'action de l'Etat dans la chaine du livre, sont partis ou en partance. Fermez le ban. Qui, demain, arbitrera le conflit naissant entre les auteurs et les éditeurs ? Qui, demain, fera voter une loi sur le prix unique du livre numérique ? Qui, demain, ira à Bruxelles plaider pour un taux de TVA réduit pour ce même livre numérique ? Les mânes, sans doute, d'André Malraux. Et qu'on ne nous dise pas que c'est une question partisane. La droite, de Malraux en Toubon, a produit de grands ministres de la Culture, hommes passionnés, actifs et batailleurs. Encore faut-il, pour avoir des ministres de cette trempe, un homme pour les nommer et les soutenir. Le ministre a racheté, réjouissons-nous en, les meubles de Christian Lacroix. Espérons que nous n'aurons pas, bientôt, à racheter ceux de la rue de Valois.

mercredi 2 juin 2010

Urgence livre

La crise, qui d'abord avait épargné le secteur du livre, le frappe aujourd'hui de plein fouet. La baisse ininterrompue des ventes de livres depuis janvier ou février 2010 va nécessairement impacter la chaîne du livre. D'abord les libraires.
Dans une économie qui a toujours été fragile, le commerce de librairie ne peut supporter, aussi florissante soit l'enseigne, une réduction constante des ventes. Si les librairies les plus solides peuvent sans doute faire le dos rond quelques mois, le risque est grand pour les nouvelles librairies, les commerces de banlieue et les petites surfaces. Des problèmes pourraient surgir, et des risques de fermeture apparaître. Ensuite, les petits éditeurs qui, confrontés à des retours importants, vont devoir faire face, eux aussi, à des difficultés conjoncturelles importantes. Je le dis sans ambages : les aides publiques dans le domaine du livre, aussi bien celles de l'Etat que celles des collectivités territoriales, ne sont pas adaptées aux situations de crise. Il s'agit d'aides structurelles lourdes, délicates à mettre en place, nécessitant de monter des dossiers complexes, quand les libraires et les éditeurs vont avoir besoin d'un soutien rapide et orienté vers la trésorerie. Certes, on peut considérer que le livre est un produit, soumis à un environnement concurrentiel normal, qui doit faire face seul à la crise. Ce n'est évidemment pas la position des institutions qui oeuvrent dans le secteur du livre, évidemment pas celle du MOTif : un livre n'est pas une boîte de petits pois. Le 30 juin, Julien Dray, le nouveau Vice-président chargé de la Culture, invite les professionnels du livre à la Région Ile-de-France pour qu’ils s’expriment et évoquent leurs besoins, y compris ceux surgis de la conjoncture. Cette rencontre est une occasion de convaincre les élus de réorienter, si nécessaire, certaines aides afin de faire face à l'urgence. Le MOTif, qui plaide depuis longtemps pour des aides à la trésorerie des libraires, au loyer et à la garantie de leurs emprunts, y sera.

jeudi 27 mai 2010

L'Etat, c'est Google

Dans une tribune publiée le 7 septembre 2009 dans Libération sous le titre "Google, la bibliothèque nationale et le syndrome du moine copiste", Camille Pascal, secrétaire général du groupe France Télévision, prend vigoureusement parti pour une coopération entre l'entreprise américaine et la Bibliothèque Nationale de France. Commençons, d'abord, par rendre hommage au texte. Camille Pascal renverse avec beaucoup d'intelligence l'argument souvent opposé à Google. La pensée française, dit-il, gagnera à être présente sur la toile et référencée par le meilleur moteur de recherche du monde. Dont acte. Mais il est quelques questions dont Camille Pascal, par ailleurs initiateur principal d'un accord entre France Télévision et Google pour la campagne présidentielle de 2007 portant sur l'échange de vidéos, ne pose pas, soit parce qu'il les évite, soit parce qu'il les ignore. Qu'en est-il ainsi de la qualité des copies qu'on est en droit d'attendre de la Bibliothèque Nationale de France ? Ce qui nous a été donné à voir par Google jusqu'à présent est inquiétant : fautes, mauvaise qualité des fichiers... Ces défauts, acceptables pour un accès gratuit à des textes libres de droits, ne sont pas envisageables pour des textes sous droits, des ebooks d'éditeurs ou les textes de la première des bibliothèques de France. Il n'est pas possible de confier la numérisation de la BNF à Google sans, justement, s'assurer de la relecture des textes par ces nouveaux scribes que sont les correcteurs. Qu'en est-il, aussi, de l'ensemble des problèmes liés aux droits des auteurs pour les textes encore sous droits ? Google n'a pas fait la démonstration, jusqu'à présent, de son attachement aux droits des auteurs. Au contraire, l'entreprise pille sans vergogne. C'est tout le sens du combat mené contre elle par la Société des Gens de Lettre et le Syndicat National de l'Edition. Qu'en est-il, enfin, du rôle de l'Etat ? La position atlantiste et libérale de Camille Pascal, assumée, n'est pas satisfaisante. Les opposants à Google ne sont pas tous, loin s'en faut, des ennemis de l'entreprise ou de l'Amérique. On imagine assez difficilement les éditeurs du SNE brandissant le rouge drapeau des soviets, une fois jeunesse passée, s'entend. Le patrimoine culturel, qu'il soit de pierres ou de mots, exige l'intervention de l'Etat. C'est à lui de fixer les conditions d'une numérisation qui, serait-elle faîte par Google, devra respecter le libre accès de tous aux textes du domaine public, le droit des auteurs pour les textes sous droits et être garante de qualité. Sur ces sujets, on attendra de lire le texte d'un éventuel accord entre Google et le Ministère de la Culture pour se prononcer. Et, moine copiste réactionnaire que nous sommes, nous continuerons en attendant à nous méfier de la modernité, même porteuse de présents.

jeudi 20 mai 2010

Ephémère

Curieusement, certains n'en ont rien, mais alors rien à faire de la sortie de l'iPad. Si je mentirais en disant que c'est mon cas, je prendrais presque le pari que c'est celui de Jean-Luc André d'Asciano, écrivain et éditeur, fondateur des éditions l'oeil d'or. C'est un petit éditeur, Jean-Luc, un de ceux dont le CA annuel ne représente pas deux heures de celui d'Hachette Livres. Il n'intervient pas au Syndicat National de l'Edition, Frédéric Mitterrand ne le consulte pas, ses livres ne sont jamais dans la course au Goncourt. Simplement, il oeuvre, au quotidien, à préserver une certaine idée du métier d'éditeur et du livre. Il a commencé en ignorant tout. S'est professionnalisé, a développé son fonds, publié des nouveautés, retraduit des classiques. Ses couvertures sont devenues sobres, belles, superbement illustrées (notamment ses Twain). Et puis, comme il ne se résout pas à stagner, il a développé son petit réseau de diffusion et de distribution avec quatre autres éditeurs, des amis pour l'essentiel. L'oeil d'or, c'est une édition indépendante et professionnelle, de qualité, parfois brillante. C'est aussi pour l'essentiel l'oeuvre d'un homme qui passe son temps à pousser les murs pour y ranger ses livres. C'est le métier comme on le pratiquait il y a cent ans dans les bonnes maisons et comme on le pratiquera dans cent ans encore. Exigence, travail sur l'auteur, refus des coups ... Bien qu'ils résident chacun sur deux monts séparés, l'oeil d'or et ses livres papier aux fortes couvertures et Publie.net, maison d'édition exclusivement numérique se serrent la main par dessus le fossé qui les sépare. Parce que c'est bien l'exigence du texte qui les unit. Alors l'iPad, parfois, on a le sentiment que ce n'est pas le bon débat. Oh, et aussi, ce mois-ci, à la Halle Saint Pierre, l'oeil d'or et beaucoup d'autres exposent et vendent leurs livres. Cela s'appelle Librairie Ephémère et, en général et d'expérience, c'est un bel endroit.

lundi 3 mai 2010

Le prix d'un livre.

Dans une tribune publiée la semaine dernière dans Le Monde, Alain Absire faisait état de la rupture des négociations entre la SGDL et le SNE sur la question des droits numériques des auteurs.
Rendant hommage à l'attitude constructive des négociateurs du SNE, P.O.L. et Gallimard en tête, il y déplorait, finalement, la dénonciation par d'autres éditeurs d'un accord déjà presque conclu, au bénéfice de tous. Dans le même temps, c'est un hasard, le MOTif publie son étude sur le coût d'un livre numérique, confiée à Hervé Bienvault, professionnel reconnu du milieu de l'édition et par ailleurs animateur du blog Aldus. Que dit l'étude ? Que s'il est faux de prétendre qu'un livre numérique ne coûte rien, affirmer qu'il coûte plus cher qu'un livre papier est tout aussi aberrant. Certes, nous n'avons pas pris en compte les investissements nécessaires, ni d'ailleurs les frais de structure (personnel + loyers, pour simplifier) qui seront liés à terme à l'édition numérique. Dans un marché encore inexistant, l'étude d'Hervé Bienvault est un flash de l'instant T. Mais voilà, l'étude d'Hervé Bienvault montre que la rentabilité est, à moyen terme, envisageable, du moins pour des livres sans contenus multimédias. Dès lors, est-il anormal que les auteurs demandent à être rémunérés en conséquence ? Un signe, en tout cas : l'appel du numérique des auteurs prend de l'ampleur et dépasse aujourd'hui largement le cadre des auteurs de BD qui l'ont initié. Après tout, établir un rapport de forces est une des voies de la négociation. L'étude du MOTif, espérons-le, servira à toutes les parties en présence. Comme le rappelle justement Alain Absire, jouer les uns contre les autres, c'est faire le jeu de Google et d'Amazon. Et la valeur de la création ne dépend pas, elle, d'une puce en silicium.

lundi 19 avril 2010

Traduire, dit-elle.

Mardi, Gisèle Sapiro présentera au public son étude sur les flux de traduction entre Paris et New York,chez nous, au MOTif, à dix heures trente.
Le MOTif a financé, pour partie, cette étude aux résultats étonnants. Et c'est une formidable réponse au fond, à Donald Morrisson et à ses théories fumeuses sur la fin de la culture française. Alors, oui, c'est vrai, vous le saurez mardi, les Américains traduisent très peu de littérature française, en proportion de ce que nous traduisons d'oeuvres américaines. Vraiment très peu. C'est vrai aussi, le français, deuxième langue traduite dans le monde, ne représente que 10% des traductions. Mais les Américains, eux, traduisent encore nos poètes. Les Américains traduisent nos auteurs complexes, notre littérature exigeante, ils traduisent même, horreur Monsieur Morrisson !, nos écrivains du Nouveau Roman ou fils et filles du Nouveau Roman, ceux qu'au nom d'une soi-disant "littérature de la vraie vie", d'une pseudo "littérature-monde", on attaque aujourd'hui. Au fond, si Donald Morrisson devrait vivre aux Etats-Unis, il pourrait y lire de la littérature française contemporaine, celle qui se traduit, aussi, aux Etats-Unis. Ou alors, qu'il vienne mardi. On parlera déclin et influence. Donald Morrisson pourrait utilement y apprendre ce que Gracq savait : la gloire future d'un auteur tient à 15 lecteurs qui mourraient pour lui, pas à 150 000 qui le lisent et l'oublient. A cette aune, la culture française va bien, merci. Elle ne confond pas encore art et économie.

mardi 6 avril 2010

Iznéogoud

Cela aurait du être une fête. Enfin une plateforme commune entre éditeurs pour vendre du numérique !
Après des mois d'attente, deux poids lourds du système éditorial français, Dargaud et Casterman, lançaient un espace de vente numérique commun, Iznéo. On a assez écrit, ici et ailleurs, que l'édition devait réagir face à l'offensive des mastodontes Google ou Amazon pour ne pas bouder notre plaisir lorsque cela se produit. Hélas, le numérique rend fou. Il y a trente ans, sous la férule visionnaire de Jérôme Lindon et aux forceps, l'ensemble de la "chaîne du livre" avait compris l'intérêt d'oeuvrer ensemble à la sauvegarde du livre. La loi Lang permit, en effet, si ce n'est un jeu réellement gagnant-gagnant (le pouvoir et le risque financier demeurant pour l'essentiel chez les éditeurs), du moins la préservation d'un équilibre entre les différentes professions. Cet équilibre, le numérique le remet en cause. La tentation est forte, et notamment chez les promoteurs d'Iznéo, de s'affranchir du libraire. Certes, on comprend l'urgence pour les éditeurs de bandes dessinées de réagir, alors que l'étude EbookZ? du MOTif a démontré que le secteur était largement piraté, en proposant une offre numérique légale. Pour autant, sauter un maillon de la chaîne, la librairie, prescripteur essentiel, c'est prendre le risque de se couper, à terme, d'un lectorat lié à des auteurs, parfois à des vendeurs, mais très peu à des marques éditoriales.

mardi 23 février 2010

Quelques mots sur un départ

Je n'ai pas à commenter la vie d'un syndicat professionnel. Qu'il me soit permis, toutefois, de rendre hommage à la personnalité de Serge Eyrolles. J'ai rencontré pour la première fois Serge Eyrolles en 2000. Déjà à la tête du Syndicat, il était venu plaider la cause des libraires à la Région Ile-de-France, lors de la mise en oeuvre de la gratuité des livres scolaires. Il fut, durant trois heures de réunion, un avocat brillant, farouche, convaincu et passionné. A cette époque-là, il n'a pas été entendu. A titre personnel, je le regrette. J'ai retrouvé Serge Eyrolles plus tard, en 2008, lorsque j'ai pris la direction du MOTif. Avec Christine de Mazières, déléguée générale du SNE, ils ont montré une véritable écoute pour le projet du MOTif. Au Salon du Livre 2009, nous avons longuement évoqué des pistes de travail communes. Aujourd'hui que Serge Eyrolles a manifesté son intention de quitter ses fonctions à la tête du SNE, je ne peux que saluer celui qui fit une place à la petite édition au sein du syndicat, celui qui conduisit, avec le SLF et d'autres, bien des actions communes pour la défense du livre, dont la lutte contre Google, celui qui sut nouer un dialogue fructueux avec la SGDL et les auteurs, celui qui négocia si souvent avec les pouvoirs publics. Cela fait souvent bien, dans certains milieux éditoriaux, de s'en prendre au SNE, incarnation facile et factice de l'hydre capitaliste. Serge Eyrolles, pour ce qui me concerne, a toujours rempli sa mission avec élégance, dignité et respect des autres. Ces qualités-là, je trouve qu'il est naturel, à l'heure de son départ, de les saluer. A bientôt, Monsieur Eyrolles.

vendredi 12 février 2010

Retour au blog

Je voudrais, pour fêter ce premier billet de l'année 2010, m'excuser auprès de tous ceux qui ne me lisent pas. Ils auront manqué une dizaine de post non lus. J'en suis désolé. Il me fallait répondre à une question éthique. Le directeur d'un organisme financé par une collectivité peut-il tenir un blog ? A certaines conditions, je le crois. D'où ce retour. J'ai donc raté la période des voeux. Mais pas celle des souhaits. En 2010, je souhaite une loi sur le prix unique du livre numérique, une croissance à deux chiffres du monde de l'édition, la défaite totale et sans appel de Google dans le conflit qui l'oppose aux éditeurs, le retour à une direction du livre de plein exercice, un grand Salon du Livre 2010 préfigurant un encore plus grand Salon du livre 2011, une croissance à deux chiffres des ventes en librairie, un hub commun à tous les éditeurs français, le maintien de la clause de compétence générale en matière culturelle, beaucoup de bonheur à celui qui m'offrira un Ipad, une longue vie au portail des libraires indépendants ... Et puis, un très beau premier jour de printemps, le 21 mars.

vendredi 18 décembre 2009

Arriba Espana

La bonne nouvelle de fin d'année ne sera pas, finalement, venue de Copenhague mais de Madrid.
En décidant de fixer la TVA sur les livres numériques à 4%, la ministre de la culture espagnole Angeles Gonzalez-Sinde répond à la demande des éditeurs espagnols. C'est une première en Europe. Etonnant, n'est-ce pas?, ce que permet le volontarisme politique dès lors qu'on ne considère pas que la culture relève d'une "affaire privée". Savez-vous le plus drôle ? Cette disposition a été rendue possible par la directive de la Commission Européenne 2009/47/EC, laquelle a été rédigée pour... permettre la baisse de TVA dans la restauration promise et obtenue par Nicolas Sarkozy (il faudra d'ailleurs vérifier si elle peut s'appliquer à tout les formats numériques, le terme "physique" pouvant prêter à discussion). Ainsi donc, grâce à notre président de la République, la "chaîne du livre" espagnole peut envisager l'avenir avec un peu plus de sérénité. En France, ce n'est pas le cas. Mais nul doute que Frédéric Mitterrand saura tirer profit de la grande conquête du mandat de son président. Si, une fois n'est pas coutume, les limonadiers servent les écrivains, nous justifierons enfin ce temps passé à lire des livres en terrasse. Angeles Gonzalez-Sinde est cinéaste. Comme quoi, il est possible d'être à la fois cinéaste et un bon ministre de la Culture. Pascal déjà le disait : "Vérité en deça des Pyrénées, erreur au-delà".

mercredi 9 décembre 2009

Dans un drôle d'Etat

On se demande parfois ce qui demeure de la République, de l'Etat, du service public et de la fonction publique. Des mots creux ?
Ainsi, se heurtent dans l'actualité deux informations. Notre ministre de la Culture reçoit Google, les personnels des musées sont en grève. Nous avions fondé un grand espoir, nom oblige, sur l'arrivée de Frédéric Mitterrand rue de Valois. Nous avions oublié qu'un patronyme n'entre dans l'Histoire qu'accolé au prénom qui le forge. Le ministre de la Culture, apprend-on la même semaine, ne s'opposera pas à la réduction des personnels des musées et envisage de laisser Google numériser le patrimoine littéraire français. Peut-on estimer que ce travail de numérisation aurait dû être fait dans le cadre de l'Etat, par des bibliothécaires, des archivistes, des historiens, des universitaires... ? Mieux vaut qu'une efficace entreprise, pas un ramassis de fainéants qui considèrent que la culture et la connaissance sont des biens communs, se charge de ce travail. Adieu donc, Gallica, Européana, Vaca, cohonna, couva ... Tout est dit : la culture est mise à l'encan. Ce sera la logique libérale à l'oeuvre sous ce ministre. D'un coup, on regrette l'excellence d'un Jacques Toubon. Aussi, en cette période de Noël, faisons-nous le voeu, après la disparition de la DLL et avant que Marc Tessier ne remette les conclusions d'un rapport dont nous parions déjà qu'elles seront favorables à Google et à l'intervention privée, d'un retour aux délocalisations. Installons le ministère de la Culture à Mountain View et revendons la rue de Valois. L'argent ainsi recueilli servira utilement à la privatisation de la Poste.

mardi 1 décembre 2009

Pour un e-prix

Le MOTif lance une campagne dans toutes les librairies franciliennes pour défendre le prix unique et rappeler, en cette période de Noël, que le libraire offre des services et un conseil remarquables. Je suis fier de cette opération. Le réseau de librairies françaises est unique. Notre première étude, Qui Vend Quoi ?, l'a rappelé : nous ne parlons pas d'un petit commerce, mais de la survie de la création et de la littérature. Rappelons-le, Pierre Michon, Pascal Quignard, Patrick Modiano et tant d'autres ont été, à l'origine, le combat personnel de quelques libraires acharnés et visionnaires. C'est en librairie qu'ils ont trouvé leur premier public, les 200 ou 300, disait Gracq, qui mourraient pour vous. Alors oui, le prix unique du livre est vital. Et disons-le sans ambages : le prix unique du livre numérique est vital. J'entends, quand j'aborde ce sujet, des réponses dilatoires. L'Etat, en pleine crise de recentralisation aigue à contre-courant de l'histoire, a oublié son rôle fondateur : dire la loi. Normer. On attend du ministre de la Culture une parole forte, et un texte devant le Parlement. Et nous n'oublierons pas de le relancer.

PS - Parmi les réponses dilatoires, on m'objecte souvent qu'il n'y a pas de définition du livre. Je ne résiste donc pas à vous renvoyer vers ce fort texte de François Bon. Je suis loin d'être d'accord avec tout, mais l'enjeu de la fin du livre comme forme figée y est posé. Ce qui ne rend pas caduc la nécessité d'une loi, ne serait-ce que pour protéger, justement, ce qui restera figé.

jeudi 19 novembre 2009

Le loft et la Princesse

Depuis le 15 novembre, dans un silence quasi total, la Direction du livre et de la lecture n'existe plus. J'avais plaidé ici, voici quelques mois, pour que le nouveau ministre de la Culture la maintienne. Combat perdu, donc. Dorénavant, le livre est partie intégrante d'une Direction des médias et des industries culturelles. Ainsi seront gérés ensemble TF1 et Actes Sud, Patrick le Lay et Julien Gracq. Les rapprochements, comme les identités nationales : on a ceux qu'on peut. A l'heure où j'écris, le bateau livre du ministère de la Culture prend l'eau. Le CNL n'a toujours pas de président. Et la qualité exceptionnelle des fonctionnaires de l'ex DLL n'y change rien ; je sais trop bien ce que pèsent, dans les discussions budgétaires, ceux qui ne sont pas représentés par une direction de plein exercice. Ce qui est grave, dans cette affaire dont tout le monde se fout, c'est ce qu'elle dit de notre société. Un pays où la culture n'est plus qu'une industrie, l'écrivain, un produit de même rang qu'une émission de télé réalité. Allez, foin de pessimisme. L'an prochain, la Princesse de Clèves gagnera Koh-Lanta.

vendredi 13 novembre 2009

Liberté grande

Je n'entrerai pas ici, dans un débat de personnes. Deux mots, en revanche, sur les principes.
D'abord, pour signifier que le "devoir de réserve" n'existe que pour les fonctionnaires. Il s'applique à toutes les fonctions publiques et interdit, par exemple, aux militaires d'être membres d'un parti politique. Dans notre pays, les écrivains - c'est heureux ! - ne sont pas fonctionnaires. De facto, le devoir de réserve ne peut donc leur être appliqué.
Ensuite, pour affirmer haut et fort que la liberté d'expression est un acquis inaliénable, qu'on soit l'auteur de Trois Femmes Puissantes ou de La Mauvaise Vie. Tout ce qui s'apparente à une forme de censure de la création doit être combattu ; le débat ne doit pas se centrer sur la valeur de l'oeuvre ou sur ce qu'elle exprime et ce principe est inaliénable.
Enfin, pour rappeler ce qu'écrivait Camus, Prix Nobel, lui : "s'il faut choisir entre la justice et ma mère...". Entre l'écrivain et le censeur, toujours, je choisirai l'écrivain. Marie Ndiaye, ne serait-elle pas prix Goncourt, ne serait-elle pas un très grand écrivain, mériterait notre soutien officiel et notre vigilance. Allons, laissons les derniers mots à De Gaulle protégeant Sartre : "On n'emprisonne pas Voltaire."

jeudi 5 novembre 2009

Une femme française

Le but de ce blog n'est pas, évidemment, la critique littéraire. Je n'en ai ni les compétences, ni la mission. Mais cette fois, ayant tenté en vain de résister à mon penchant, je cède : Marie Ndiaye en Goncourt, c'est une excellente nouvelle.
D'abord parce que Minuit. Maison d'édition exigeante, maison de Tanguy Viel et d'Echenoz, maison de Chevillard et de Duras, Minuit reste un éditeur indépendant. Un éditeur peut avoir pignon sur rue, être bien diffusé, bien géré, il n'en demeure pas moins, lorsqu'il choisit de défendre la création littéraire et de ne pas vendre son âme à la finance, une société plus fragile que d'autres entreprises. Minuit a soutenu Marie Ndiaye longtemps. Et, si ce Goncourt lui échappe, gageons que les anciens livres se vendront aussi, éclairés soudain.
Ensuite parce que Gallimard. Mêmes raisons que plus haut. Et parce que l'on n'a jamais supporté ceux qui disent Galligraseuil comme si Gallimard et Hachette, c'était la même chose : donc on se réjouit. Ensuite parce que "la" Ndiaye. Je me souviens de ses premiers romans, j'étais libraire. On ne savait pas d'où cela venait, ce texte, cette ampleur, cette puissance. On pensait à Toni Morrisson. Et on avait raison. Ce Goncourt-là en vaut bien dix autres ... Enfin parce que Marie Ndiaye a des origines africaines, vit à Berlin, est française. Alors, ce Goncourt, on veut le croire un peu différent, hommage rendu à des prises de positions politiques fortes autant qu'à une littérature d'exception. Le Goncourt de la littérature engagée, en quelque sorte, non pas partisane mais dans le monde. On se dit qu'elle est là, notre France, dans ce Goncourt attribué à Marie Ndiaye. Et même si on se trompe, mais si Drouant s'en fout de ces considérations, ça fait du bien. On se sent universel et apatride, intégrateur et tolérant. On ne sent mieux dans notre identité nationale ...

mercredi 28 octobre 2009

Compétence générale

Les Régions sont un intervenant majeur du monde de la culture. En Ile-de-France, c'est plus de 70 millions d'euros qui, chaque année, sont consacrés au livre, au cinéma, aux arts vivants et aux arts plastiques. Ces politiques sont essentielles pour les créateurs, les auteurs, les éditeurs, les libraires, les producteurs ...
Les collectivités territoriales sont devenues, en vingt-cinq ans de décentralisation, des soutiens sans faille de la diversité culturelle. Demain, peut-être, cela en sera fini. Les projets législatifs actuels remettent en cause la clause de compétence générale des collectivités territoriales. Cela signifie qu'elles ne pourront plus intervenir dans d'autres secteurs que ceux que la loi leur a confiés. Donc qu'elles se retireront du champ culturel. Sans ressources, ni fiscales (avec la suppression de la taxe professionnelle) ni légales, les collectivités laisseront le soin à l'Etat de prendre en charge le champ culturel. On ne doute pas que, demain, prenant toute la mesure de sa loi, le gouvernement consacrera 3% du budget de l'Etat à la culture. Frédéric Mitterrand pourra alors se substituer aux Régions, aux départements et aux mairies qui font tant pour l'action culturelle dans les territoires. Demain, donc, l'Etat financera le Salon du Livre de Méry-sur-Oise, consacrera 15 millions d'euros par an aux films tournés en Ile-de-France, financera plus de 130 compagnies franciliennes d'arts vivants. Et il multipliera son action, à Bordeaux, à Tulle, à Strasbourg... Sur ces sujets, le silence des acteurs culturels est assourdissant. On aimerait les entendre. Car demain, quand la loi aura été promulguée et que les financements se tariront, il sera trop tard pour faire le tour des remparts de Jéricho. Si fortes soient les trompettes, cela m'étonnerait qu'ils tombent.

jeudi 15 octobre 2009

Hachette de guerre !

C'est arrivé sur la page Facebook de Livres Hebdo, aux alentours de 23 heures, presque à l'heure du crime.
Annoncée par un SCOOP en lettres majuscules, la nouvelle faisait d'avance frémir. Nos yeux apeurés continuaient toutefois de lire comme on jette un regard entre ses doigts durant un film d'horreur : Hachette (et ses éditeurs) n'irait pas au Salon du Livre 2010. Au matin, étonné d'être malgré tout parvenu à dormir, on respirait. En fait, si, mais sur un tout petit stand de 100 mètres carrés (tout de même: les éditeurs indépendants peinent eux à financer 9 mètres carrés !) pour faire du "corporate" tourné vers l'international. Là, j'ai décroché. J'ai hâte d'aller voir ce stand, en mars 2010 : vaudra-t-il un pavillon d'exposition universelle? Sera-ce une Pagode ? Une pirogue remontant le Congo ? Une villa de Toscane ?? J'en suis d'avance tout ébaubi. On ne peut pas dire que la nouvelle ait surpris. On sait, depuis longtemps, les tentations de Venise d'Hachette, qui se soucie d'interprofession comme Zidane du ballon de handball de son cours de sport de CM1. On savait la tension grande autour de l'avenir du Salon. Dommage, tout de même, qu'une manifestation qui fut, l'année dernière, un vrai succès populaire, soit l'otage d'un éditeur, si prestigieux fut-il. Ainsi, ma fille ne cherchera plus Georges Cholet et sa Fantômette dans les allées de la porte de Versailles. Et moi qui révais d'un débat entre Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, me voilà condamné à relire l'interview publiée dans Télérama du maître italien. Qu'importe, au fond ! J'aime, pour ce qui me concerne, le Salon du Livre. Ma fille courra avec le petit Nicolas après le Chat assassin ; il me restera le stand de P.O.L. et les fantômes de Marie Darrieussecq, le stand de Flammarion et la superbe de Teresa Cremisi, le stand de Gallimard et les mânes de Camus. Et si on ne trouve plus la Princesse de Clèves dans le Livre de Poche, on la lira en Folio ! Au fond, c'est à Serge Eyrolles qu'il faut rendre hommage. Il est des jours où l'on ne lui envie pas sa place. Mais où on lui reconnaît panache et élégance comme dans son commentaire sur Hachette : "cette décision n’est pas le problème du syndicat. Chaque entreprise fait ce qu’elle veut."
On ne saurait mieux dire, et chaque lecteur aussi...

mercredi 7 octobre 2009

Vive Paris !!

En exonérant de la taxe professionnelle les 57 libraires parisiens qui ont décroché le label LIR, la Ville de Paris a tenu l'engagement de son Maire, Bertrand Delanoë, qui, dès l'annonce du label, avait annoncé le choix de la ville. Il faut s'en réjouir. Cette reconnaissance du travail conduit par des librairies indépendantes de haut niveau pour défendre et diffuser une certaine idée de la culture mérite d'être accompagnée par des décideurs politiques de premier plan. Dont acte et un satisfecit à Bertrand Delanoë. J'ai déjà écrit, ici, sur la nécessité d'accroître les aides destinées aux librairies de référence. Il faut reconnaître le rôle que jouent aussi les petits points de vente pour diffuser le livre dans des lieux où il ne pénètre jamais. Jouer un rôle dans la diffusion du savoir, ce n'est pas seulement vendre Gracq, ou Guattari, c'est aussi vendre des livres scolaires dans des familles où pas un livre n'existe pas. La question qui est posée aux collectivités territoriales n'est donc pas seulement celle de l'exonération de la taxe professionnelle. Elle est celle, aussi, de la mise en oeuvre d'aides destinées à assurer la présence du livre sur l'ensemble de leurs territoires, en zones rurales ou dans les quartiers. Encore faut-il qu'on leur donne les moyens d'une action réelle et pérenne, mais ceci est un autre débat. Saluons donc, à ce stade, la décision exemplaire de Paris en formulant un voeu : qu'elle fasse école !

mercredi 30 septembre 2009

Fracture numérique ?

Fin octobre, le MOTif publiera les résultats d'une étude sur le piratage ainsi que le texte qu'il a commandé à Constance Krebs sur le livre numérique. Il fera aussi des propositions concrètes pour aider le livre à appréhender l'évolution qui vient. Comme l'écrit François Bon, il n'est pas de semaine sans que soient organisées, à travers la France, des tables rondes sur le numérique. Pendant ce temps, Google va bien et Amazon aussi. Dans la chaîne du livre, faute de financements, à ce stade nécessairement publics, une fracture se creuse. Les grands groupes, discrets, préparent leur passage au numérique. Même dubitatifs, ils mettent en oeuvre des moyens importants pour basculer dans une ère dont ils ont compris qu'elle bouleversera leurs métiers. Sans doute restent-ils figés dans des pratiques anciennes, sans doute font-ils tout pour retarder l'émergence du numérique. Néanmoins, ils s'y préparent. Les petits, eux, souffrent d'un manque d'information et d'un manque évident de formation aux outils numériques. Editer un fichier e-pub s'apprend. Aujourd'hui, Frédéric Mitterrand dévoile ses propositions pour le livre à l'occasion de la présentation du rapport "Pour le livre", d'Hervé Gaymard, dont on attend beaucoup. L'Etat dispose du pouvoir de normer : c'est lui, et lui seul, qui peut légiférer, y compris en s'opposant à l'Union Européenne (ne l'a-t-on pas fait pour la TVA dans la restauration, sujet dont on m'accordera qu'il est moins essentiel que la survie d'une littérature différente et de qualité?), sur le prix unique du livre numérique, évolution que je continue de croire essentielle après la loi Lang d'août 81. Les collectivités territoriales ne disposent pas, c'est heureux, du pouvoir de dire la loi. En revanche, elles peuvent financer des expériences pilotes sur le web, former les éditeurs indépendants au numérique, aider les libraires à se doter de sites de vente en ligne, accompagner les auteurs dans leur appropriation du 2.0. Qu'elles s'y engagent, résolument !

mercredi 16 septembre 2009

Allez voir les Régions !

Le Syndicat National de l'Edition organisait récemment une réunion destinée à présenter aux éditeurs les tarifs du Salon du Livre 2010.
Le commissaire de l'exposition, Bertrand Morrisset, s'y collait. L'employeur de Bertrand Morrisset, Reed expo, est un opérateur privé qui obéit à des logiques de profit. C'est étrange, pour un Salon assez largement subventionné par des fonds publics, mais c'est ainsi. Aussi, contrairement à ce qui avait été dit en juin 2009, les éditeurs indépendants apprirent-ils le doublement des tarifs de la porte de Versailles. On imagine sans peine le tollé. Je n'aurais sans doute pas commenté l'annonce de Bertrand Morrisset si je n'avais pas été alerté par plusieurs éditeurs de la réponse qu'à court d'arguments, il finit par leur faire: "allez voir les Régions".
A moi, comte, deux mots :
- augmenter les tarifs du Salon du Livre pour les petits éditeurs, ce en pleine crise économique, alors que leur activité même est en danger, est indécent. On aurait pu, on aurait du, cette année, proposer un moratoire sur les prix le temps que s'amorce une reprise. Il ne suffit pas simplement de nommer Viviane Hamy au Conseil d'Administration du SNE pour entendre la voix des petits éditeurs. En amour, il n'y a que des preuves d'amour.
- renvoyer les éditeurs sur les Régions, comme si elles étaient des tiroirs caisses destinés à payer la rançon demandée par Reed expo est grossier et démagogue. Les Régions sont, on le rappelle à Monsieur Morrisset, des collectivités d'élus qui consacrent chaque année des millions d'euros à soutenir la chaîne du livre sur leurs territoires. Elles sont devenues un acteur incontournable des politiques publiques de défense du livre, comme elles le sont pour le cinéma et les arts vivants. Les considérer comme des vaches à lait n'est pas acceptable. Le SNE a beaucoup fait pour se rapprocher des Régions. Il ne faudrait pas que ce travail de fond, profitable à tous, soit réduit à néant par les propos déplacés d'un salarié d'une entreprise privée prestataire du syndicat.

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