En ces temps d’élections européennes, la Turquie sert, une fois de plus, de bouc émissaire. Voilà l’ennemi qui n’intègrera pas.
Un écrivain turc, Nedim Gürsel, fait l’objet dans son pays d’un procès en blasphème ourdi par quelques religieux réactionnaires pour son ouvrage Les Filles d’Allah, publié en septembre aux éditions du Seuil. Le MOTif, il en est fier, a marqué son soutien au romancier, l’invitant à venir présenter, à la rentrée, à ses adhérents, son roman incriminé.
La couverture médiatique de ce procès en France a de quoi nous réjouir. La patrie des droits de l’homme n’entend pas laisser persécuter un auteur. Et, en pleine campagne pour les élections européennes, elle pointe du doigt cette Turquie arriérée sans rappeler que Nedim Gürsel lui-même défend son adhésion. Comme il est pratique ce procès contre la pensée dans le seul pays musulman qui frappe à notre porte. La France a fondé l’Union Européenne. C’est une démocratie évoluée qui se plaît, parfois, à donner des leçons. A la Turquie, par exemple, souvent.
Est-ce pour cela que l’audition récente par la sous-direction anti-terroriste, dans l’affaire Julien Coupat, d’Eric Hazan, l’éditeur du livre L’insurrection qui vient , signé du Comité Invisible, a fait si peu de bruit ? Une pudeur, peut-être. Pourtant, en 2009, en France, le crime de penser, le crime d’éditer, existent. Cela aurait bien mérité quelques reportages, non ? Allez, saluons le courage (mais il ne nous étonne pas) de François Gèze et des éditeurs et libraires signataires de la pétition en soutien à Eric Hazan et terminons ce premier billet ainsi : Elle est très fine, aujourd’hui, la frontière entre la Turquie et la France.
PS – j’ai envie, chaque semaine, de vous convier à visiter un blog ou un site que j’aime. On commence par un très brillant site de critique littéraire, Bartleby les Yeux Ouverts. Bon surf !
