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jeudi 27 mai 2010
L'Etat, c'est Google
Par monade le jeudi 27 mai 2010, 09:21 - Le Blog
Dans une tribune publiée le 7 septembre 2009 dans Libération sous le titre "Google, la bibliothèque nationale et le syndrome du moine copiste", Camille Pascal, secrétaire général du groupe France Télévision, prend vigoureusement parti pour une coopération entre l'entreprise américaine et la Bibliothèque Nationale de France.
Commençons, d'abord, par rendre hommage au texte. Camille Pascal renverse avec beaucoup d'intelligence l'argument souvent opposé à Google. La pensée française, dit-il, gagnera à être présente sur la toile et référencée par le meilleur moteur de recherche du monde. Dont acte.
Mais il est quelques questions dont Camille Pascal, par ailleurs initiateur principal d'un accord entre France Télévision et Google pour la campagne présidentielle de 2007 portant sur l'échange de vidéos, ne pose pas, soit parce qu'il les évite, soit parce qu'il les ignore.
Qu'en est-il ainsi de la qualité des copies qu'on est en droit d'attendre de la Bibliothèque Nationale de France ? Ce qui nous a été donné à voir par Google jusqu'à présent est inquiétant : fautes, mauvaise qualité des fichiers... Ces défauts, acceptables pour un accès gratuit à des textes libres de droits, ne sont pas envisageables pour des textes sous droits, des ebooks d'éditeurs ou les textes de la première des bibliothèques de France. Il n'est pas possible de confier la numérisation de la BNF à Google sans, justement, s'assurer de la relecture des textes par ces nouveaux scribes que sont les correcteurs.
Qu'en est-il, aussi, de l'ensemble des problèmes liés aux droits des auteurs pour les textes encore sous droits ? Google n'a pas fait la démonstration, jusqu'à présent, de son attachement aux droits des auteurs. Au contraire, l'entreprise pille sans vergogne. C'est tout le sens du combat mené contre elle par la Société des Gens de Lettre et le Syndicat National de l'Edition.
Qu'en est-il, enfin, du rôle de l'Etat ? La position atlantiste et libérale de Camille Pascal, assumée, n'est pas satisfaisante. Les opposants à Google ne sont pas tous, loin s'en faut, des ennemis de l'entreprise ou de l'Amérique. On imagine assez difficilement les éditeurs du SNE brandissant le rouge drapeau des soviets, une fois jeunesse passée, s'entend. Le patrimoine culturel, qu'il soit de pierres ou de mots, exige l'intervention de l'Etat. C'est à lui de fixer les conditions d'une numérisation qui, serait-elle faîte par Google, devra respecter le libre accès de tous aux textes du domaine public, le droit des auteurs pour les textes sous droits et être garante de qualité. Sur ces sujets, on attendra de lire le texte d'un éventuel accord entre Google et le Ministère de la Culture pour se prononcer. Et, moine copiste réactionnaire que nous sommes, nous continuerons en attendant à nous méfier de la modernité, même porteuse de présents.
