Curieusement, certains n'en ont rien, mais alors rien à faire de la sortie de l'iPad. Si je mentirais en disant que c'est mon cas, je prendrais presque le pari que c'est celui de Jean-Luc André d'Asciano, écrivain et éditeur, fondateur des éditions l'oeil d'or. C'est un petit éditeur, Jean-Luc, un de ceux dont le CA annuel ne représente pas deux heures de celui d'Hachette Livres. Il n'intervient pas au Syndicat National de l'Edition, Frédéric Mitterrand ne le consulte pas, ses livres ne sont jamais dans la course au Goncourt. Simplement, il oeuvre, au quotidien, à préserver une certaine idée du métier d'éditeur et du livre. Il a commencé en ignorant tout. S'est professionnalisé, a développé son fonds, publié des nouveautés, retraduit des classiques. Ses couvertures sont devenues sobres, belles, superbement illustrées (notamment ses Twain). Et puis, comme il ne se résout pas à stagner, il a développé son petit réseau de diffusion et de distribution avec quatre autres éditeurs, des amis pour l'essentiel. L'oeil d'or, c'est une édition indépendante et professionnelle, de qualité, parfois brillante. C'est aussi pour l'essentiel l'oeuvre d'un homme qui passe son temps à pousser les murs pour y ranger ses livres. C'est le métier comme on le pratiquait il y a cent ans dans les bonnes maisons et comme on le pratiquera dans cent ans encore. Exigence, travail sur l'auteur, refus des coups ... Bien qu'ils résident chacun sur deux monts séparés, l'oeil d'or et ses livres papier aux fortes couvertures et Publie.net, maison d'édition exclusivement numérique se serrent la main par dessus le fossé qui les sépare. Parce que c'est bien l'exigence du texte qui les unit. Alors l'iPad, parfois, on a le sentiment que ce n'est pas le bon débat. Oh, et aussi, ce mois-ci, à la Halle Saint Pierre, l'oeil d'or et beaucoup d'autres exposent et vendent leurs livres. Cela s'appelle Librairie Ephémère et, en général et d'expérience, c'est un bel endroit.