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Le Motif

 
 
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Enjeux actuels de la librairie

La situation de l’Ile-de-France

L’observation de la situation en Ile-de-France donne à voir un territoire qui accueille l’ensemble des types d’offres selon une répartition géographique très inégale. Si l’on ne considère que les points de vente de livres réalisant au moins la moitié de leur chiffre d’affaires en livres, Paris, à la fois capitale régionale et nationale concentre plus de magasins que tous les autres départements réunis. Un effet redoublé par le centralisme culturel qui ne diminue que lentement. Ensuite, les départements qui en accueillent le plus sont ceux dont la population en général ou quelques villes phares, comptent le plus grand nombre de diplômés et de personnes appartenant à la classe moyenne cultivée et à la classe supérieure. Dans l’ordre décroissant les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne et les Yvelines ; puis la Seine-et-Marne et l’Essonne ; enfin le Val d’Oise et la Seine-Saint-Denis qui sont respectivement un département assez largement rural et un département encore fortement populaire. Ce dernier connaît cependant une progression d’une fraction de la classe moyenne diplômée exclue de Paris depuis une trentaine d’années. C’est d’ailleurs à Montreuil, en 1981, que s’est ouvert la première librairie indépendante de Seine-Saint-Denis.
Les villes nouvelles, quant à elles, connaissent des situations très diverses, dépendant de l’engagement de personnalités fortes en l’absence de toute tradition d’implantation culturelle. À l’opposé, des villes à l’ancrage historique plus marqué (Versailles, Vincennes, Mantes-la-Jolie, Fontainebleau ou Melun, pour ne citer qu’elles) sont dotées de librairies indépendantes, fréquentées par un lectorat cultivé depuis fort longtemps.

Typologie des points de vente de livres

Mais le livre n’est pas seulement présent dans des librairies indépendantes ou non, et dans des grandes surfaces culturelles (appartenant à des chaînes de tailles très différentes) réalisant plus de 50 % de leur chiffre d’affaires avec les livres. On le trouve aussi dans les magasins multiproduits, des Relay, certaines maisons de la presse et autres magasins (bricolage, jardinage, sports, etc.,) présentant des livres comme produits accessoires. Ces magasins s’adressent à une clientèle plus populaire que les autres points de vente. En 2003, 42 librairies indépendantes et grandes surfaces culturelles étaient recensés en Seine-Saint-Denis pour 98 magasins généralistes (multiproduits, Relay, etc …).

Les bouleversements de l’ère numérique

Le développement de la vente en ligne, voire l’émergence de la vente de contenus numériques, peut-elle bouleverser profondément la donne ? Si la vente de livres papier a encore de très beaux et longs jours devant elle, la librairie ne peut se permettre de se tenir à l’écart de ces bouleversements qui touchent cette fois l’ensemble du circuit de production/diffusion du livre. C’est pourquoi elle participe, via certaines de ses instances collectives, aux travaux menés sur la définition du « livre numérique » (et, son corollaire, la fixation de son prix par l’éditeur) et sur les conditions de sa commercialisation. Au-delà des questions techniques qui supposent une participation de tous les acteurs du secteur du livre (des auteurs aux libraires en passant par les éditeurs, les diffuseurs et les distributeurs), pour la vente en ligne comme pour la vente de supports numériques, l’enjeu reste le même : que la librairie demeure un acteur économiquement viable en poursuivant son investissement sur le territoire physique et en s’ouvrant aux opportunités apportées par les technologies « nouvelles » (sites, blogs, réseaux sociaux...). L’offre simultanée de livres papier et numériques, en magasin et en ligne, permettront aux libraires de se positionner sur un nouveau support en conservant leur cœur de métier : la qualité de conseil sur une offre large et profonde, et la « médiation » autour du livre. Pourtant, cela exigera des investissements lourds en outils techniques comme en qualification (et donc en rémunération) du personnel. C’est pourquoi, la modification de la carte des librairies physiques en région parisienne peut ne varier que très peu alors même que l’offre se sera considérablement élargie.

Frédérique Leblanc
Laboratoire CNRS CRESPPA-CSU / Université Paris Ouest Nanterre

 
 
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