Un chiffre résume à lui seul l’ampleur du phénomène : 62 % des communes françaises ne comptent aujourd’hui plus aucun commerce, contre 25 % en 1981. Face à cette désertification commerciale des centres-villes et des villages, des députés viennent de remettre, le 8 juillet 2026, un rapport contenant 43 propositions pour tenter d’inverser la tendance. Un travail transpartisan, porté par les rapporteurs Jean-Pierre Vigier (Droite Républicaine) et Laurent Lhardit (Socialistes), qui dresse un état des lieux préoccupant mais pointe aussi des solutions qui fonctionnent déjà sur le terrain.
Une vacance commerciale qui ne cesse de progresser
Le taux de vacance commerciale, c’est-à-dire la part de locaux commerciaux vides en centre-ville, est passé de 8,8 % en 2017 à 11,6 % en 2025 au niveau national. Dans les petites villes de moins de 50 000 habitants, la progression est encore plus marquée : de 8,5 % à 13,5 % sur la même période. Le secteur de l’habillement est particulièrement touché, avec 14 000 établissements fermés et 45 000 emplois supprimés entre 2014 et 2024.
Autre donnée qui illustre la bascule vers l’achat en ligne : en 2025, les plateformes de e-commerce extra-européennes ont acheminé vers la France 826 millions d’articles, soit environ 2,3 millions de colis livrés chaque jour. Une concurrence directe pour les commerces physiques, qui subissent aussi la hausse des loyers commerciaux et des charges fixes (énergie, logistique).
Cinq axes de travail pour les députés
Le rapport parlementaire structure ses 43 propositions autour de cinq priorités :
- Lutter contre la vacance commerciale : zones prioritaires de commerce, encadrement expérimental des loyers, taxation renforcée des friches commerciales, objectif de « zéro artificialisation commerciale nette » en périphérie.
- Faciliter la reprise des commerces existants, avec un guichet unique pour accompagner les cessions et alléger les démarches administratives jugées trop lourdes.
- Mieux taxer le commerce en ligne, avec une fiscalité européenne sur les grandes plateformes, une éco-taxe sur la livraison et une extension des taxes de surface aux entrepôts logistiques.
- Territorialiser la stratégie de revitalisation, via des « managers de centre-ville » financés avec l’appui de l’État et la prolongation du dispositif Action Cœur de Ville au-delà de 2026.
- Renforcer l’attractivité urbaine, en veillant à ce que la piétonnisation profite aux commerçants plutôt qu’elle ne les pénalise, et en valorisant le rôle des marchés dans la fréquentation des centres.
Des villes qui ont déjà inversé la courbe
Le constat n’est pas uniformément sombre : plusieurs communes ont réussi à faire reculer significativement leur taux de vacance commerciale entre 2019 et 2024. À Étampes, il est passé de 17 % à 8,1 %. À Vichy, de 14,6 % à 8,8 %. À Besançon, de 12,2 % à 8,4 %. Ces exemples montrent qu’une politique volontariste combinant animation commerciale, aide à la reprise de fonds de commerce et amélioration de l’accessibilité peut produire des résultats mesurables en quelques années seulement.
Pourquoi c’est important pour les habitants
- La disparition des commerces de proximité fragilise le lien social, notamment pour les personnes âgées ou peu mobiles, souvent dépendantes des services du centre-bourg.
- Elle pèse sur l’attractivité résidentielle des communes et, à terme, sur la valeur de l’immobilier local.
- Elle réduit l’offre d'emplois de proximité, en particulier dans le commerce de détail et les services associés.
- Elle accentue la dépendance à la voiture pour les achats du quotidien, dans un contexte de hausse du coût des carburants.
Idées reçues à corriger
Contrairement à une idée répandue, la désertification commerciale ne touche pas uniquement les zones rurales isolées : elle progresse aussi vite, voire plus vite, dans les villes moyennes de 25 000 à 50 000 habitants. De même, le e-commerce n’est pas l’unique responsable : le rapport souligne que la hausse des loyers commerciaux et la complexité administrative des reprises de fonds de commerce jouent un rôle tout aussi important dans les fermetures.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le taux de vacance commerciale ?
Il désigne la proportion de locaux commerciaux vides par rapport au nombre total de locaux commerciaux d’une zone donnée, généralement mesurée en centre-ville. Il est passé de 8,8 % à 11,6 % en moyenne nationale entre 2017 et 2025.
Quelles mesures les députés proposent-ils concrètement ?
Le rapport de juillet 2026 propose notamment un encadrement expérimental des loyers commerciaux, une fiscalité renforcée sur le e-commerce extra-européen, un guichet unique pour la reprise de commerces et la prolongation du programme Action Cœur de Ville.
Certaines villes ont-elles réussi à inverser la tendance ?
Oui, plusieurs communes comme Étampes, Vichy ou Besançon ont réduit leur taux de vacance commerciale de plusieurs points entre 2019 et 2024, grâce à des politiques locales combinant animation commerciale et soutien à la reprise de fonds de commerce.
Pour en savoir plus sur la vie économique locale, retrouvez nos rubriques Economie, Consommation et Astuces.
Sources
LCP – Assemblée nationale : 43 propositions des députés
Maire-info : les pistes du Sénat pour revitaliser les centres-villes
Caisse des Dépôts : le commerce de centre-ville a-t-il encore un avenir ?