Les passagers est le premier roman de Julia Brandon, auteure Marseillaise. Cette écrivaine s’est déjà distinguée par des nouvelles. Au moment du confinement lié à la pandémie mondiale, elle a décidé de reprendre son manuscrit et de le compléter. Les deux personnages principaux sont le jeune Félix, fils de Séraphine et Hostie ainsi que le triste professeur Gustave. La mère et la grand-mère Lucienne vendent toutes les deux chaque année des sucreries sur la place du marché à la Fabrique. C’est dans l’atelier 4 que travaillait le père. Dans cette vallée où la tradition est forte et où l’exploitation de vivres et les confiseries sont primordiales, le décor est planté. Forêts et cours d’agriculture, le lecteur est dépaysé même si certains éléments existants sont incorporés au contexte posé et tissé par Julia Brandon. Soucieuse de faire frissonner son lecteur ou sa lectrice, les scènes s’enchaînent et très vite, l’on s’attache à ce personnage qu’est Félix, et qui présente des dons un peu spéciaux comme dans le roman fantastique américain de Ransom Riggs Miss Peregrine et les Enfants particuliers, paru en 2011. Puisqu’il est différent, il est aussi rejeté par les siens et suscite donc l’empathie.

Le style très oral et parfois brut, tel un premier jet sincère, plaira surtout à celles et ceux qui veulent s’enfoncer dans une lecture où l’imaginaire prend la place principale. Félix découvrant ses pouvoirs se superpose à son instituteur, Gustave. Celui-ci a perdu sa fille, alors, pour espérer la revoir et la sauver, il tombe dans l’addiction aux bonbons qui permettent de voyager dans le passé. Est-elle vraiment morte noyée ?

Le dicton dit que les apparences sont trompeuses… Le protagoniste Félix a souvent connu le rejet, puisqu’il n’est véritablement pas comme les autres. Son enseignant agité va l’aider à rencontrer des élus, qui lui ressemblent et maitrisent des pouvoirs. Dans la digne lignée des « codes » du genre fantasy, il est interdit de divulguer à ses proches qu’un mage est doté d’un don. Par exemple, Amarin Servius, le gérant de la Fabrique de confiseries peut disparaître, tandis que le petit Félix peut figer l’eau et même lire dans les pensées. Une malédiction, quelque part, puisqu’il découvre des vérités cachées et met le doigt sur des malaises qui compliquent considérablement son adolescence…

Ce récit initiatique n’accompagne pas uniquement le héros, mais aussi le vieux professeur, en proie à la dépression. Obsédé, il est prêt à tout pour sauver la jeune Nejma, même si cela signifie « sacrifier ». Dans l’ombre, un drame se prépare. Les tragédies qui touchent les personnages sont cruelles et imprévisibles. Les acteurs rapidement caractérisés prennent une forme qui respecte les codes du genre, tout en s’autorisant des « fantaisies ». À la manière d’une boucle infinie qui s’entrecroise, se mêle et se reforme, le lecteur suit les aventures désastreuses de ces personnages souvent torturés. Certains trouvent la rédemption, d’autres ne seront pas pardonnés pour leurs actions honteuses. Ce récit est truffé de références mythologiques, prouvant le travail d’étude approfondie de son auteure, qui a souhaité créer sa propre légende dans la vallée de Pallia. Magie noire et mystères sont au rendez-vous, ainsi que la quête la plus emblématique de l’Art : « qui suis-je vraiment ? »

L’ouvrage Les Passagers joue sur les époques, en misant la carte du voyage dans le temps. L’alchimie est une thématique primordiale, qui est parfaitement retranscrite. En outre, le brillant manga Full Metal Alchemist d’Hiromu Arakawa (2001-2010) évoque l’échange équivalent d’Antoine Lavoisier, chimiste français et fondateur de la science moderne : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Reformulé dans cette fiction où la magie et l’alchimie font part du réel, le protagoniste s’exprime ainsi : « L’humanité ne peut rien obtenir sans donner quelque chose en retour, pour chaque chose reçue, il faut en abandonner une autre de même valeur. » À la fois dur et brut, cruel et drôle, ce chef-d’œuvre renvoie à certaines thématiques abordées dans Les Passagers.

En effet, les figures ambiguës n’hésitent pas à tenter des expériences sur des enfants, à les droguer parfois pour mieux les manipuler. Dans cet océan qui défie toutes les lois de la nature, le lecteur se retrouve face à un livre plus subtil et dérangeant qu’il n’y paraît, au premier abord. Les relations trompeuses s’assemblent et se brisent, ce que le lecteur tenait comme acquis n’est plus réel. Cet élément a-t-il seulement existé un jour ? Carpe Diem ! Cette aventure divertissante est particulièrement massive se déroule sur plusieurs périodes. Il s’agit du premier roman de son écrivaine, l’artiste Julia Brandon. Nul doute que son potentiel est présenté sous un aspect encourageant, qui donnera envie d’en apprendre plus sur les inspirations de l’auteure.

Le site de l’auteure : https://julia-brandon.fr/

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